Franchise Postale

J’ai beaucoup d’affection pour Pierre Richard, et j’avais vraiment hâte de le découvrir sur scène. J’étais très déçue d’avoir raté le premier volet de sa série de pièces autobiographiques, «Détournement de mémoire », et après plusieurs rendez-vous manqués j’ai enfin pu aller voir « Franchise Postale » vendredi dernier.
Au-delà de ce que j’ai pensé de sa pièce, j’ai surtout envie d’essayer de vous décrire tout ce que représente Pierre Richard pour moi. Ses « vieux » films appartiennent à mon patrimoine de souvenirs d’enfance ; je les associe aux soirées où toute la famille est réunie devant la tv et où nous rions tous ensemble blottis dans le canapé. Et puis ces films passent et repassent – « La chèvre », « Le grand blond », « Les fugitifs »… nous les connaissons petit à petit par cœur et nous attendons les scènes cultes. Quand on est gamin, on ne mesure pas forcément l’ampleur d’un film, pour moi les maladresses de Pierre Richard étaient cultes juste pour nous et nous appartenaient. Alors voilà, j’associe le regard candide et pétillant du « jeune » Pierre Richard à tout cela, à tous ces souvenirs que son image me permet de garder.
Je trouve que le « vieux » Pierre Richard est très différent du personnage de l’époque. Mon regard a sûrement évolué aussi, et ce que le sien dégage aujourd’hui me touche particulièrement. J’ai redécouvert Pierre Richard dans le téléfilm « Sans famille », en 2000. Je ne le reconnaissais pas, son visage avait une tendresse et une sagesse qui m’avaient frappée. Depuis, je crois que je ne l’ai aperçu que dans « Faubourg 36 » mais les photos que je pouvais voir de lui me suffisaient pour m’attendrir et me donner envie de le voir sur scène, de près. Il dit en parlant de Brassens dans sa pièce que c’est un petit garçon dans un corps d’homme. Je me trompe peut-être, mais pour moi Pierre Richard est l’inverse : un grand homme dans un corps de garçon, ou plutôt dans un regard de gosse. On le résume souvent à la maladresse de son personnage, à son côté joueur et enfantin, mais je trouve que sa douceur et sa maturité l’ont rattrapé et se lisent aujourd’hui entre ses rides.
Trêve de poésie, parlons un peu de la pièce ! Pierre Richard veut nous raconter sa vie mais pour orchestrer cela, et parce que ce n’est pas aussi simple de se dévoiler à 76 ans, Christophe Duthoron – coauteur du spectacle – lui a créé un prétexte : à travers des réponses à de fausses lettres de fans, Pierre Richard nous conte des vraies anecdotes de sa vie de comédien et de sa vie d’homme. C’est difficile de vous dire si je vous conseille ou non la pièce, j’avais bien trop à observer pour m’ennuyer mais je pense qu’elle souffre tout de même de quelques défauts. Pierre Richard nous offre à la fois ses mésaventures les plus cocasses (sa rencontre avec Charles Aznavour ou avec le mime Marceau, sa participation involontaire aux évènements de mai 68, ses leçons de théâtre …), que ses chagrins les plus tendres. La démarche est ingénieuse, et toutes ces anecdotes ou ces leçons de vie qu’il donne à ses faux fans auxquels il répond ne nous font pas regretter le déplacement. Malgré cela, sa façon de narrer manque à mon goût de panache et d’une touche plus personnelle si bien que parfois le texte peut sembler légèrement monotone. Notamment dans le dernier quart d’heures où il dépense beaucoup d’énergie pour nous faire revivre une de ses collaborations au théâtre qui l’a particulièrement marqué. J’ai bien plus aimé les passages avec un rythme plus lent qui nous laisse le temps de ressentir l’émotion de ses souvenirs et d’apprécier les jolis mots qui ponctuent le texte.
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