Festival d’Avignon : Invisibles au Théâtre du Chêne Noir

Martin, 35 ans, vient de perdre sa mère. Celle-ci lui a laissé un coffret à remettre à son père qu’il n’a jamais connu…

Il va alors partir à sa recherche et se retrouver dans un foyer de vieux travailleurs immigrés d’origine algérienne.

Désemparé et à bout de nerf, Martin va être recueilli par quatre d’entre eux. Il va découvrir le rude quotidien de ces hommes, ces « chibanis* », qui tentent de s’en sortir en France tout en gardant une dignité et une image de réussite pour leur famille restée en Algérie…

Cette pièce est un vrai bijou. C’est sûr, les actions ne fusent pas. Mais là n’est pas la force de l’auteur. Son grand talent est de nous faire vivre pendant 1h40 au rythme de ces retraités algériens. Il réussit à retranscrire une ambiance qui ne nous est pas forcément familière et à nous la faire adopter. On est dans ce foyer, on vit avec Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj.

Et surtout on vit avec eux l’intrusion de Martin, « le jeune » comme ils l’appellent. Son désespoir mais aussi l’angoisse des secrets qu’il remue dans ce foyer sont plus que palpables. Et le silence dans la salle tout le long de la représentation en témoigne.

Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de cette pièce, réussit avec Invisibles un pari d’une grande qualité. Celui de nous ouvrir les yeux sur un monde qu’on connaît peu.

Les Echos ont d’ailleurs dit à ce propos: « Quand le théâtre dit le monde mieux qu’un documentaire c’est qu’il rime avec art. Bravo Nasser Djemaï ».

Je dois avouer que je partais avec une émotion d’avance. Ce monde, je le connais un peu puisque ces retraités algériens m’ont fortement fait penser à mon papa… Ils paraissent tellement authentiques, c’est troublant. Tout y est: la gestuelle, l’humour et même les fautes de français…

Quand la pièce s’est terminée, j’ai bien observé la salle et tout le monde semblait très ému. Les applaudissements étaient d’ailleurs très contenus au début. Puis au bout de quelques minutes, le temps que l’émotion laisse place à l’admiration sûrement, les gens se sont levés et ont crié des « bravos » sincères qui m’ont pris au cœur.

Vraiment, Invisibles est une très belle pièce que je vous recommande. Et si vous l’avez vue, je serais ravie d’échanger un peu plus sur nos ressentis.

Amis parisiens, je ne manquerai pas de vous prévenir si cette pièce se joue sur la capitale !

En attendant, je peux vous prêter le texte si cela vous intéresse.

 * "Chibanis" veut dire "cheveux blancs" en arabe, ce terme est utilisé pour désigner les vieux immigrés maghrébins.
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