Interview de Francis Huster et Davy Sardou pour « L’Affrontement »

Quand on m’a proposé d’interviewer Francis Huster et Davy Sardou pour leur prochaine pièce, je n’en revenais pas ! J’ai même attendu un certain temps avant d’en parler autour de moi tellement cela me paraissait fou. Et puis plus le rendez-vous se précisait, plus l’excitation montait. Francis Huster est quelqu’un que j’admire énormément; il m’a récemment enchantée dans Bronx et Le Journal d’Anne Frank. J’aime la puissance de son jeu, et j’aime la malice qu’il y a dans son sourire. Si Davy Sardou avait quant à lui été nommé aux Molières en 2011 pour Le Nombril, je dois avouer que je ne le connaissais pas. Et autant j’étais très impressionnée de rencontrer Francis, autant je crois que j’étais d’autant plus angoissée par « l’inconnu ».

Je me suis très vite mise dans la peau d’une journaliste en herbe, j’ai lu, lu et relu le dossier de presse de la pièce et imaginé mille questions. Mais L’Affrontement me laissait perplexe: je ne voyais pas où voulait en venir cette pièce. Tout ce que je pouvais en lire m’intriguait. Est-ce un drame? Une comédie? Une pièce provocatrice? On parle beaucoup de la version de Piat avec Lalanne d’il y a 17 ans, mais moi en 1996, j’avais 11 ans… Bref, ce n’était pas clair pour moi, et je comptais bien éclaircir tout ça.

Le jour de l’interview, j’ai découvert deux comédiens certes très doués pour la promo mais je crois – surtout – absolument passionnés par leur projet commun. Francis Huster était, comme je l’imaginais, très impressionnant. Impressionnant de professionnalisme, et troublant par son naturel. J’ai découvert par ailleurs un Davy Sardou d’une gentillesse rare. Il est très charmant, et a su en un clin d’oeil me mettre très à l’aise. Il m’ont tous deux rendue très impatiente de voir la pièce, et j’espère qu’ils vous rendront vous aussi curieux. Je vous laisse juger.

 

Davy, j’ai lu que c’était une interview de Francis Huster qui vous a donné envie de jouer dans la pièce ?

 

Davy Sardou : Exactement, j’ai tourné un film avec Steve Suissa, le metteur en scène, l’hiver dernier. J’étais alors dans l’avion pour la Bulgarie pour retrouver le tournage et je lis une interview de Francis Huster où il dit à la fin « Je vais bientôt monter sur scène pour la pièce L’Affrontement ».

J’avais vu cette pièce il y a 17 ans avec Francis Lalane et Jean Piat, sur une mise en scène de Stéphane Hillel, et je l’avais adorée. Je rêvais de jouer le rôle du jeune séminariste. J’envoie un texto à Francis : « Voilà, on ne se connaît pas, je vous apprécie énormément, je vous admire et je sais que vous allez jouer L’Affrontement. Je voulais savoir si vous aviez déjà choisi le rôle du jeune séminariste ». Il me renvoie un texto en me disant « Merci de votre message. Le metteur en scène va choisir le comédien, ce n’est pas moi. C’est Steve Suissa. »

Mais je n’ai pas été accepté tout de suite car au début Steve Suissa voyait le personnage différemment et j’ai dû le convaincre que…. c’était moi !

 

Il le voyait comment différemment ?

 

Davy : Différemment physiquement, pas différemment dans le tempérament. La qualité de Steve c’est de s’adapter aux acteurs qui sont là. Il le dit d’ailleurs souvent, il dit « je ne ferai pas la même mise en scène si cela avait été quelqu’un d’autre ».

Il s’adapte parce qu’il connaît ses acteurs. Ils les aiment.

 

C’est d’ailleurs une grande histoire d’amour entre vous, Francis, et Steve Suissa non ?

 

Francis Huster : Oui. Ce qu’il y a d’intéressant avec Steve c’est qu’il fait partie d’une génération de metteurs en scène qui ne voient pas le théâtre comme on avait l’habitude de le voir. Il y a eu un moment où le metteur était aussi important que l’auteur. Quand l’auteur est Shakespeare ou Molière, ça la fout un peu mal… La nouvelle génération de metteurs en scène, où l’on trouve Ladislas Chollat, Didier Long, Nicolas Briançon…, savent mettre davantage la pièce en avant. Sans en faire trop, ils font du cinéma au théâtre.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à jouer dans L’Affrontement?

 

Francis : C’est hollywoodien. Je trouve que l’on est avec une comédie style Billy Wilder. C’est à dire que c’est à la fois bouleversant et à la fois drôle.

Cette pièce est impeccablement construite. Elle met en opposition deux rôles: un prêtre ivrogne au dernier degré, complètement revenu de l’enfer. Et en face de lui, un jeune gars qui a fait le trottoir; complètement foutu, brisé, déchiré, et qui tout d’un coup trouve dans la religion et dans la foi une lumière. Et la pièce est tellement humaine qu’elle plait à tous les publics. C’est comme dans les classiques, quand tu joues le Misanthrope par exemple, tu sais que tu vas droit au cœur des gens. C’est un bonheur de la jouer.

 L'Affrontement

 

Y a-t-il un fond « provoc’ » dans la pièce qui pourrait déplaire ?

 

Davy : Ce n’est pas fait pour provoquer, non. Mais le sujet va déranger certaines personnes, certainement, parce que c’est très actuel. Ça parle du mariage des prêtres, de l’homosexualité, du rôle de la femme dans l’Eglise; toutes ces questions qui sont un peu sensibles. Et d’ailleurs, on le voit très bien aujourd’hui avec ces manifestations dans la rue qui sont assez énormes. Je pense que certaines personnes vont trouver le sujet un peu déplacé, mais la pièce n’est pas faite pour choquer.

Le propos, c’est plus : qu’êtes-vous prêt à sacrifier pour votre foi, pour ce que vous croyez ? Sujet d’autant plus actuel qu’on a un nouveau Pape qui s’inscrit complètement dans l’humilité, dans la simplicité, dans la pauvreté.

Et cette pièce parle aussi du pouvoir de l’argent, de la corruption, à tous les niveaux; que ce soit dans l’Eglise ou dans la vie de tous les jours. Finalement, cette quête de pouvoir est-elle justifiée ?

 

Francis : C’est une pièce qui se résume en une phrase : L’Eglise n’est pas seulement l’église des prêtres, elle est aussi votre église.

 

Puisque je suis une passionnée de Twitter, je voulais vous demander : je sais que vous n’êtes pas sur Twitter, mais y avez-vous déjà pensé?

 

Davy : J’ai voulu essayer Twitter, je n’ai pas accroché. Je pense qu’il faut être très actif pour que cela soit intéressant. Malheureusement je n’y allais pas souvent. J’ai une page Facebook, un site internet, mais pas de compte Twitter.

 

Je vais vous demander un petit exercice. J’aimerais que vous me parliez chacun de votre rôle respectif mais en un tweet, en 140 caractères.

 

Là, ils s’agitent tous les deux, amusés par l’exercice…

Davy : Alors, Mark Dolson est un jeune séminariste revenu de l’Enfer, qui s’est tourné vers… la lumière.

La rime improvisée les fait éclater de rire.

Davy : Ça le fait marrer, il est con ! Vas-y, à toi ! 140 caractères !

Francis prend le flyer de la pièce pour s’inspirer.

Francis, prenant un ton d’ivrogne : Tim Faaaaarley, prêtre ivrogne, père « show bizz » à la télé américaine, ne croit plus en RIEN.

 

Pour finir, vous jouez L’Affrontement mais j’espère que vous supportez la même équipe de foot !

 

Davy : Alors sur ce terrain là, je ne suis pas du tout avide de foot comme Francis, donc quoiqu’il dise, je suis d’accord. Et je mettrai mon argent là où il parie le sien !

Francis : Je pense que le PSG, qui est maintenant dans les cinq meilleures équipes européennes, sera parmi les deux meilleurs clubs de foot avec le Bayern dans deux ou trois ans.

Fou rire général.

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Un grand merci à Francis Huster et Davy Sardou pour leur bonne humeur, et merci à l’équipe du Théâtre Rive Gauche de m’avoir offert l’honneur de cette rencontre.

Découvrez L’Affrontement du mardi au dimanche à 21h au Théâtre Rive Gauche. Soyez les premiers aux premières : 20€ en catégorie 1 jusqu’au 12 mai 2013.

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