Petit cousin

Il y a quelques mois, j’étais dans le métro, perdue dans de longues pensées. Je pensais au bonheur d’être fier. Pas fier de soi, non, mais fier de quelqu’un. On peut être fier de ce qu’on transmet à nos enfants par exemple. Et puis un jour l’amour dépasse notre narcissisme et on devient fier de l’autre, de ce qu’il est, au-delà de nous. C’est un sentiment d’un pouvoir inouï, que les enfants mesurent peu je crois…

Au fil de ces pensées sur la ligne 13, j’ai écrit ce petit texte en rentrant d’une journée peut-être trop calme.
Il n’a aucune prétention littéraire, juste l’envie de partager ce qui se trame parfois dans ma tête. J’espère que vous apprécierez.

 

 

petitcousinC’est dimanche, vous déjeunez en famille.

C’est dans le jardin de votre deuxième tata du côté de maman que se passe cette réunion de saison. Petit cousin est là, c’est le dernier né de la famille. Il a un an et demi. Pendant que les vieux finissent leur sixième verre de Rosé en attendant le dessert qui n’arrive jamais, vous sortez discrètement de table et rejoignez petit cousin sur la pelouse. Il marche plutôt bien, vous vous mettez accroupi pour suivre ses mouvements. Il vous regarde de ses jolis yeux vifs. Hop, vous le rattrapez juste à temps avant la chute. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation dis-donc ! ». Ça le fait sourire. Vous commencez tout doucement à créer une complicité avec ce petit être. Si bien que de petits pas en petits pas, vous gagnez sa confiance : il vous suit. Il vous regarde, guette le moindre jeu qui pourrait sortir de votre imagination. Son attente va plus vite que vos idées, mais peu importe: tout ce que vous faites le fait marrer. Vous levez les mains au ciel, il en fait de même et éclate de rire. Vous les rabaissez vite au sol, et il rit de plus belle en reproduisant le geste. Bravo ! Bravo petit cousin. Vous captivez parfaitement son attention. C’est le moment de lui apprendre une chorégraphie, la Pietragalla des mains, ainsi font font les petites marionnettes. Le temps de vous la remémorer, de la refaire deux trois fois et victoire, il fait tout comme vous ! Ses petites mains tournent, tournent, et finissent dans son dos. Trois petits tours et puis s’en vont. Vous avez le sourire jusqu’aux oreilles et la refaites ensemble encore et encore. La fierté vous envahit, sans prévenir. Vous lui avez appris les marionnettes, et il a tout compris le coquin. Soudain, vous oubliez tout. La semaine difficile que vous venez de subir, l’angoisse de la semaine à venir… Cette dispute « pour rien » avec votre collègue. Cette nuit à y repenser, à culpabiliser. Et cette paperasse que vous avez encore oublié d’envoyer.

Tout ça n’existe plus le temps d’un rire. Vous êtes seul avec petit cousin qui ne se doute de rien… Il vous offre gratuitement son bonheur. Vous avez l’impression qu’il vous aime bien, qu’il vous fait confiance. Vous lui avez appris la comptine de tous les enfants, la comptine de tous ces longs repas de famille. Vous êtes si fier, votre sourire ne vous quitte plus. Ce n’est pas une fierté narcissique, oh non. C’est une fierté d’avoir appris quelque chose à quelqu’un. La plus belle des fiertés.

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