La Venus au Phacochère

Qu’est-ce qu’on en a parlé de La Vénus au Phacochère ! Les journaux titraient « The Actress » et ne tarissaient pas d’éloge sur Alexandra Lamy. C’est donc avec beaucoup d’attente que j’ai poussé les portes du Théâtre de L’Atelier hier soir…

Seule sur scène, Alexandra nous conte à travers un échange épistolaire l’histoire vraie de Misia Sert, égérie de nombreux peintres de la Belle Epoque. On apprend au fil des lettres à connaître nos trois correspondants du soir. Il y a tout d’abord Thadée Natanson, le mari de Misia. Fondateur de la Revue Blanche dans laquelle officiaient de grands noms de la littérature comme Proust, Gide, ou encore Apollinaire; sa femme n’est pour lui qu’une couverture pour les mondanités. Il laissera d’ailleurs Toulouse-Lautrec la représenter régulièrement pour la première page du magazine. Notre deuxième plume est Geai, la meilleure amie de Misia. C’est un personnage haut en couleur pour qui l’époque est belle, mais surtout libérée. Et enfin, il y a Misia dont la beauté ne laissera pas indifférent un certain Alfred Edwards…

Je ne sais pas si cette énumération de personnages vous fait envie, mais elle est nécessaire pour dire à quel point Alexandra Lamy nous offre une performance bluffante. Elle interprète donc tous ses rôles aux antipodes les uns des autres et son grand écart de personnages nous laisse apprécier toutes les richesses de son jeu. Tout dans sa voix, son regard, ses postures nous fait oublier qu’elle est seule sur scène. Elle incarne cette mondanité propre au début du XXe siècle et nous fait voyager dans le temps. On sent une effervescence intellectuelle parmi laquelle il est difficile de trouver sa place de femme.

 

Je craignais très fort que la pièce s’arrête là, j’ai attendu impatiemment qu’une intrigue s’installe. Ce qui est arrivé pour mon plus grand plaisir. Tardivement, certes, mais c’était peut-être le temps nécessaire pour qu’on s’imprègne des rôles et de l’univers. Il ne faut donc pas faiblir sur les premières minutes, rester attentif et se laisse embarquer. Alexandra Lamy a en plus une diction parfaite, ce qui ne gâche rien. Christophe Lidon avait également signé la mise en scène de Lettre d’une inconnue aux Mathurins. Décidément, ce metteur en scène a une sensibilité qui me touche.

 

Je suis vraiment sortie en joie du Théâtre de L’Atelier, ravie d’avoir appris à connaître cette Misia Sert et son combat pacifique vers la liberté. Devant le théâtre, les discussions fusaient. Mais pourquoi elle a fait ça? Et à ce moment-là… elle l’aimait, vraiment? J’ai apprécié cette écriture légèrement suggestive laissant libre court à nos interprétations.

Je ne peux que vous recommander de foncer découvrir la Vénus et son phacochère, mais dépêchez-vous: vous n’avez plus que 4 représentations.

 

J’écris peu de billets sur les pièces que je vois, mais le sourire d’Alexandra Lamy a réparé ma plume temporairement. Il fallait que je vous le dise : je l’ai trouvée très belle.

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