Ode au Pariscope

photo-4Quand j’étais petite, ma mère achetait très souvent le Pariscope. Il trainait toujours sur la table ou sur le meuble du téléphone.

J’ai mis du temps avant de l’apprivoiser. Les pages étaient fines, en noir et blanc… J’avais l’impression de me salir les doigts rien qu’en le feuilletant.

Et puis très vite, j’ai compris que c’était de ce petit journal à quelques centimes que ma mère puisait toutes ses bonnes idées de sortie. Quand elle l’achetait, c’était comme une promesse pour moi. S’il est là, c’est que nous allons sortir ce week-end. Je me demandais ce que nous allions faire, quel nouveau lieu j’allais découvrir.

Je crois qu’elle faisait tout pour m’épuiser parce que j’étais moi-même épuisante. Pendant nos balades, elle me disait régulièrement « Saute ! ». Si je sautais haut c’est que j’étais encore (trop?) en forme, alors on continuait à marcher. Si j’en avais plein les pattes et que je ne sautais pas haut, c’est que je m’étais suffisamment dépensée alors on rentrait ! Je me souviens comme si c’était hier de l’effort que je faisais même à bout de force pour sauter le plus haut possible. Mais mes petites jambes me trahissaient, je ne pouvais bien souvent pas lutter.

Dès que j’ai su lire, ma mère m’a donné la lourde tâche de choisir moi-même notre sortie. « C’est à toi de me dire où on va, tu sais lire maintenant. Le Pariscope est là, regarde… et choisis. »

Vous imaginez ma réaction. J’ai boudé.

Et puis, puisqu’il le fallait bien, puisque je ne savais pas rester en place, j’ai essayé.

L’organisation de ma première séance cinéma était un grand moment. J’ai choisi le film, j’étais déjà fière de moi. Et là ma mère m’a dit « Cherche un cinéma qui le joue, et regarde les horaires. »

C’était compliqué ! Je parcourais les cinémas un par un, je lisais leur programmation linéairement pour trouver mon film. Maintenant, je sais qu’il y à plus simple. Mais ça m’occupait, et ma mère l’avait bien compris.

Parfois, quand je demandais « On va où? On fait quoi? Je mets quelles chaussures? », ma mère m’emmenait simplement au kiosque le plus proche. On revenait… je le feuilletais et… le temps que je me décide, il était déjà trop tard pour sortir.

Si je garde un doux souvenir de toutes les sorties que j’ai faites dans mon enfance, je garde un souvenir encore plus doux de leur organisation.

Quelques années plus tard, vers 15-16 ans, j’ai commencé à coller au mur de ma chambre mes places d’expo, de ciné, de théâtre, de concerts…

C’était mon Pariscope à moi. Alors un jour, j’ai écrit « Gladscope » sur un papier et je l’ai collé sur le mur. Au milieu de tous mes souvenirs.

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