Catégorie : Critique

Finir en beauté

La petite fiche
  • De Mohammed El Khatib
  • Par Mohamed el-Khatib
  • Avec Mohamed el-Khatib
  • Au Théâtre de la Cité Internationale
  • Du Du 28 septembre au 23 octobre
  • À 16€ (billetreduc)
  • 3/5

« Le monde se divise en deux parties égales, ceux qui ont perdu leur mère et ceux qui vont avoir mal de la perdre. »

Mohamed El Khatib voulait écrire un texte à partir d’entretiens réalisés avec sa mère. Le 20 février 2012, la mort interrompt tout. C’est à partir de ses enregistrements personnels à l’hôpital, de documents officiels, de messages téléphoniques, de photographies, de notes de carnet que Mohamed nous parle de cette épreuve de la vie qui l’a fait changer de camp, malgré lui.

Ce n’est pas un comédien qui se tient face à nous pendant 50 minutes, mais bel et bien un fils orphelin qui témoigne. Si une grande sincérité se devine dans sa voix et se lit dans ses yeux, c’est surtout dans les mots qu’elle prend toute sa forme. Des mots simples, des anecdotes d’individus, des faits.

À l’heure où Un obus dans le cœur – récit de cette même perte de celle qui nous a donné la vie, par Wajdi Mouawad, dont Mohamed a été l’assistant – a ému un large public, Finir en beauté propose des mots communs, sans jeu, sans intermédiaire. Que sommes-nous alors ? Toujours des spectateurs ?

J’ai pour ma part ressenti une certaine gêne sur le moment, je n’avais pas envie d’entendre ça comme ça. Plaie trop vive peut-être. Je me suis alors interrogée : notre sensibilité a-t-elle besoin d’être enveloppée de récit pour être touchée sans couler ? La « comédie » explicite apporte une pudeur qui nous laisse spectateur et nous prend moins à partie. On est ici à la frontière du théâtre. Le réel est l’essence même du travail de Mohamed El Khatib et prend une dimension encore plus singulière quand il s’agit de… lui-même. Pris entre une langue médicale hostile et une langue arabe intime, il nous en livre une troisième : frontale.

Quelques mois après (j’ai découvert Finir en Beauté cet été à Avignon), la gêne s’est dissipée et il me reste une sensation douce de ce moment partagé avec Mohamed El Khatib. Fragile mais douce.

C’est un projet fort et une expérience qui dépendra des sensibilités de ses confidents éphémères.

Le Théâtre de la Cité Internationale menacé de fermeture

 

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Aller à la rencontre de Mohamed El Khatib, c’est aussi, à sa façon, soutenir le Théâtre de la Cité Internationale dont l’avenir semble incertain. Théâtre majoritairement financé par le Ministère de la Culture et par la ville de Paris, il se voit amputé d’une grande partie de son budget : la Fondation de la Cité internationale universitaire de Paris (CiuP) diffère le recrutement d’une nouvelle direction et menace de diminuer son apport financier de près de 55%.
Ce théâtre qui soutient la jeune création, dont la programmation a toujours fait mouche et qui fédère des spectateurs et des artistes de tous horizons mérite notre soutien.

L’article du collectif du théâtre pour en savoir plus.

La pétition à signer.

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Kok Batay à la Maison des Métallos

La petite fiche
  • De Sergio Grondin
  • Par David Gauchard
  • Avec Sergio Grondin
  • Au Maison des Métallos, 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
  • Du 3 au 14 juin 2015
  • À 14€ / 10€ tarif réduit
  • 5/5

« Toutes les histoires valent la peine d’être racontées et seul le silence qui suit les histoires est important »

Sergio Grondin est un raconteur d’histoire. Mais pas n’importe quelles histoires. Avec toute sa poésie, il nous raconte celles de son île, La Réunion. A travers le portrait de l’écorché Johnny Le Rouge, un célèbre boxeur, Kok Batay nous emporte dans la vie d’un homme qui a laissé des traces. Des traces de violence, mais surtout des traces de manque.

Sergio s’adresse à nous. Sa voix et son charisme nous glacent. Il y a de la musique dans son art. La rage d’un rap, la musicalité d’un slam et l’enivrement de l’électro. On l’écoute, on attend la suite autant qu’on la craint.

sergio grondin

Une pièce poignante que j’ai découverte au Festival d’Avignon en 2013 et qui n’a pas quitté ma mémoire depuis. La pièce est courte, 1h, et se vit comme un coup droit. Ne la ratez pas : jusqu’au 14 juin à la Maison des Métallos !

 

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« André » au Carreau du Temple

La petite fiche
  • De Marie Rémond
  • Par Marie Rémond, Clément Bresson et Sébastien Pouderoux
  • Avec Marie Rémond, Christophe Garcia, Laurent Ménoret
  • Au Carreau du Temple
  • Du Du 3 mars au 20 mars, 20h30
  • 5/5

 andreEn partenariat avec la mairie du 3ème arrondissement, le Théâtre du Rond-Point s’exporte : deux fois par an, des pièces de jeunes créateurs ou des pièces ayant déjà été victimes de leur succès au Rond-Point font escale au Carreau du Temple, un ancien marché couvert fraîchement réaménagé en salle culturelle.

C’est dans le cadre de ce Festival « Hors les murs » que nous avons le plaisir de retrouver la pièce André,  grand succès du festival d’Avignon 2012 et de la saison du Rond-Point qui a suivi. Si vous l’avez manqué, c’est le moment ou jamais de vous rattraper.

Vous l’aurez peut-être deviné grâce à l’affiche, André est bel et bien un spectacle sur André… Agassi.

C’est en lisant son autobiographie, « Open », que Marie Rémond a eu l’envie d’écrire une pièce sur l’ex n°1 du tennis.

Avec André, Marie s’est servie un rôle en or. Parce que oui, la jeune auteur est allée au bout de son idée et interprète elle-même André Agassi ! Elle entraîne avec elle deux camarades de promo du Théâtre National de Strasbourg, Clément Bresson et Sébastien Pouderoux (de la Comédie Française), qui interpréteront tour à tour le père-coach-bourreau du champion, l’entraîneur, Brooke Shields, Steffi Graph…

Quand on sait qu’André Agassi disait dans sa bio détester le tennis, on comprend ce qui a pu les inspirer.

André est une pièce sur le talent, l’acharnement, le libre-arbitre, la pression des parents et le paraître. Être toujours bon et avoir l’air fort, même quand on ne l’est pas… On notera cette scène de grande qualité pendant laquelle les coachs d’André Agassi lui font répéter mille fois cette réclame « Bonjour, je m’appelle André Agassi ». Ce moment est un vrai régal, bien qu’il soit aussi tragique que drôle…

Je crois d’ailleurs que le contraste entre ces deux adjectifs résume assez bien la pièce. Ils mélangent en plus les genres: le réalisme vient parfois ternir une scène limite burlesque, c’est assez troublant mais très réussi. Et j’aime définitivement quand les comédiens jouent plusieurs rôles dans la même pièce, cela permet d’apprécier d’autant plus la diversité de leur jeu. Et bien-sûr, j’aime encore et toujours quand les femmes jouent des rôles d’hommes et vice-versa.

On ne dira pas comme d’un Pierre Niney en Yves Saint-Laurent qu’on la confondrait avec son personnage. Non, l’idée n’est pas là. L’idée est de se détacher du corps, de la voix et de la représentation exacte pour lire les émotions autrement : dans les yeux, dans les mots, dans les mains… C’est je crois ce qu’on appelle la distanciation au théâtre (les experts en parleraient mieux que moi !) et c’est un procédé que j’aime particulièrement. Se détacher du visuel, du réalisme pur pour laisser tout l’espace à l’imaginaire. C’est là, à mon sens, que l’art prend toute sa forme. Et c’est en cet aspect, et en beaucoup d’autres, que Marie Rémond est une grande comédienne et une auteure que je vous invite chaudement à découvrir.

©Mario-Del-Curto_IMG_1058

Sachez qu’il n’est en aucun cas nécessaire d’aimer le tennis pour apprécier cette pièce ! Je ne connaissais pas du tout André Agassi et j’ai été ravie d’en apprendre un peu plus sur lui. Pour la petite histoire, la pièce s’appelait initialement Agassi mais les droits ayant été refusés, le titre s’est transformé en cet énigmatique André.

Alors, on y fonce ?

 

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