Catégorie : Critique

Invisibles au Théâtre 13

La petite fiche
  • De Nasser Djemaï
  • Par Nasser Djemaï
  • Au Théâtre 13 Jardin103 A, boulevard Auguste-Blanqui75013 Paris
  • Du Mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30Jusqu'au 20 octobre 2013
  • À 24€ tarif plein / 16€ réduit / Bon plan : 13€ le 13 de chaque mois.
  • 5/5

Depuis que j’ai vu cette pièce à Avignon en 2012, elle ne m’a pas quittée… J’y repense souvent, je guettais régulièrement les dates et comptais même me déplacer en province pour la revoir. Je suis ravie qu’elle passe au théâtre 13. Ne la manquez pas.

 

Martin, 35 ans, vient de perdre sa mère. Celle-ci lui a laissé un coffret à remettre à son père qu’il n’a jamais connu…

Il va alors partir à sa recherche et se retrouver dans un foyer de vieux travailleurs immigrés d’origine algérienne.

Désemparé et à bout de nerf, Martin va être recueilli par quatre d’entre eux. Il va découvrir le rude quotidien de ces hommes, ces « chibanis* », qui tentent de s’en sortir en France tout en gardant une dignité et une image de réussite pour leur famille restée en Algérie.

 

Cette pièce est un vrai bijou. C’est sûr, les actions ne fusent pas. Mais là n’est pas la force de l’auteur. Son grand talent est de nous faire vivre pendant 1h40 au rythme de ces retraités algériens. Il réussit à retranscrire une ambiance qui ne nous est pas forcément familière et à nous la faire adopter. On est dans ce foyer, on vit avec Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj.

Et surtout on vit avec eux l’intrusion de Martin, « le jeune » comme ils l’appellent. Son désespoir mais aussi l’angoisse des secrets qu’il remue dans ce foyer sont plus que palpables. Et le silence dans la salle tout le long de la représentation en témoigne.Invisibles

Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de cette pièce, réussit avec Invisibles un pari d’une grande qualité. Celui de nous ouvrir les yeux sur un monde qu’on connaît peu.

Les Echos ont d’ailleurs dit à ce propos: « Quand le théâtre dit le monde mieux qu’un documentaire c’est qu’il rime avec art. Bravo Nasser Djemaï ».

La mise en scène, les effets de vidéos « fantasmagoriques » et le texte sont d’une grande finesse. Ce foyer est leur enfer, et Martin a du mal à en sortir… En relisant le texte et surtout la préface, je me suis d’autant plus rendue compte que j’avais vu une belle pièce, une pièce jouant avec les références pour dessiner une réalité. C’est tout ce que j’aime au théâtre.

 

Je dois avouer que je partais avec une émotion d’avance. Ce monde, je le connais un peu puisque ces retraités algériens m’ont fortement fait penser à mon papa… Ils paraissent tellement authentiques, c’est troublant. Tout y est: la gestuelle, l’humour et même les fautes de français…

Quand la pièce s’est terminée, j’ai bien observé la salle et tout le monde semblait très ému. Les applaudissements étaient d’ailleurs très contenus au début. Puis au bout de quelques minutes, le temps que l’émotion laisse place à l’admiration sûrement, les gens se sont levés et ont crié des « bravos » sincères qui m’ont pris au cœur.

 

Vraiment, Invisibles est une pièce de cette rentrée que je vous recommande. Et si vous l’avez vue, je serais ravie d’échanger un peu plus sur nos ressentis.

 * "Chibanis" veut dire "cheveux blancs" en arabe, ce terme est utilisé pour désigner les vieux immigrés maghrébins.
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La Venus au Phacochère

Qu’est-ce qu’on en a parlé de La Vénus au Phacochère ! Les journaux titraient « The Actress » et ne tarissaient pas d’éloge sur Alexandra Lamy. C’est donc avec beaucoup d’attente que j’ai poussé les portes du Théâtre de L’Atelier hier soir…

Seule sur scène, Alexandra nous conte à travers un échange épistolaire l’histoire vraie de Misia Sert, égérie de nombreux peintres de la Belle Epoque. On apprend au fil des lettres à connaître nos trois correspondants du soir. Il y a tout d’abord Thadée Natanson, le mari de Misia. Fondateur de la Revue Blanche dans laquelle officiaient de grands noms de la littérature comme Proust, Gide, ou encore Apollinaire; sa femme n’est pour lui qu’une couverture pour les mondanités. Il laissera d’ailleurs Toulouse-Lautrec la représenter régulièrement pour la première page du magazine. Notre deuxième plume est Geai, la meilleure amie de Misia. C’est un personnage haut en couleur pour qui l’époque est belle, mais surtout libérée. Et enfin, il y a Misia dont la beauté ne laissera pas indifférent un certain Alfred Edwards…

Je ne sais pas si cette énumération de personnages vous fait envie, mais elle est nécessaire pour dire à quel point Alexandra Lamy nous offre une performance bluffante. Elle interprète donc tous ses rôles aux antipodes les uns des autres et son grand écart de personnages nous laisse apprécier toutes les richesses de son jeu. Tout dans sa voix, son regard, ses postures nous fait oublier qu’elle est seule sur scène. Elle incarne cette mondanité propre au début du XXe siècle et nous fait voyager dans le temps. On sent une effervescence intellectuelle parmi laquelle il est difficile de trouver sa place de femme.

 

Je craignais très fort que la pièce s’arrête là, j’ai attendu impatiemment qu’une intrigue s’installe. Ce qui est arrivé pour mon plus grand plaisir. Tardivement, certes, mais c’était peut-être le temps nécessaire pour qu’on s’imprègne des rôles et de l’univers. Il ne faut donc pas faiblir sur les premières minutes, rester attentif et se laisse embarquer. Alexandra Lamy a en plus une diction parfaite, ce qui ne gâche rien. Christophe Lidon avait également signé la mise en scène de Lettre d’une inconnue aux Mathurins. Décidément, ce metteur en scène a une sensibilité qui me touche.

 

Je suis vraiment sortie en joie du Théâtre de L’Atelier, ravie d’avoir appris à connaître cette Misia Sert et son combat pacifique vers la liberté. Devant le théâtre, les discussions fusaient. Mais pourquoi elle a fait ça? Et à ce moment-là… elle l’aimait, vraiment? J’ai apprécié cette écriture légèrement suggestive laissant libre court à nos interprétations.

Je ne peux que vous recommander de foncer découvrir la Vénus et son phacochère, mais dépêchez-vous: vous n’avez plus que 4 représentations.

 

J’écris peu de billets sur les pièces que je vois, mais le sourire d’Alexandra Lamy a réparé ma plume temporairement. Il fallait que je vous le dise : je l’ai trouvée très belle.

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Jamais 2 sans 3 avec Liane Foly

J’ai lu des critiques assassines de Jamais 2 sans 3. J’ai vu cette pièce en février, et j’en garde pourtant un très bon souvenir. Parmi les comédies de boulevard à l’affiche en ce moment, je trouve que celle-ci tire largement son épingle du jeu.

Je regrette de ne pas vous en avoir parlé fraîchement après avoir vu le spectacle, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !

 

Déjà, quel est le pitch?
La responsable du comité Miss France, Fleur de Senlis, découvre que la nouvelle miss a posé en petites tenues pour un magazine. Elle est sous le choc et en perd l’usage de la parole ! Elle n’arrive plus qu’à baragouiner des phrases à peu près. Pour qu’elle puisse faire un communiqué officiel à la télévision, ses deux assistants lui cherchent alors une remplaçante. L’un va demander l’aide de sa sœur jumelle avec laquelle elle s’est brouillée depuis des années; l’autre va faire appel à son sosie, une femme de ménage dans un hôtel. Stratèges, ils vont rencontrer chacun de leur côté l’une des deux potentielles doublures. Enfin, chacun de leur côté, ce n’est pas si sûr…

Le propos est clair, on est dans une bonne comédie de boulevard qui promet de sacrés quiproquos.

Ce n’est pas forcément ma tasse de thé, je n’étais donc pas conquise d’avance. En plus, je dois dire que je n’étais pas la plus grande fan de Liane Foly… Il y avait quelque chose dans ses passages télés et ses imitations qui me mettaient mal à l’aise.

Quand elle est arrivée sur scène, j’avoue avoir passé 5 bonnes minutes à la scruter des pieds à la tête. J’ai observé son visage, imaginé les opérations qu’elle avait pu faire… Mais alors que j’entamais à peine mes réflexions sur le « pourquoi elle a fait ça? », je me suis surprise à rire ! J’avais beau être ailleurs, le comique de la situation m’a sortie de ma torpeur et ne m’a plus lâchée. Il a fallu peu de temps pour que j’oublie la Liane Foly que je croyais connaître. Elle a très vite laissé place à une comédienne bourrée de talents et au pouvoir comique irrésistible !
© DELALANDE-RAYMOND-SIPA

© DELALANDE-RAYMOND-SIPA

Elle est drôle, à l’aise avec sa voix (on le savait), mais aussi à l’aise dans son corps. D’un dynamisme surprenant, elle porte parfaitement cette pièce en interprétant avec brio les trois rôles.
De l’ingénue à la vulgos, on regarde défiler les trois personnages d’un bout à l’autre de la scène comme par magie. Je me suis laissé prendre au jeu comme une gosse.
Les comédiens qui l’accompagnent ne sont pas en reste. J’ai eu le plaisir de retrouver Camille Cottin que j’ai découverte et adorée dans La Troupe à Palmade. Elle nous offre l’une des scènes cultes du spectacle, qui s’est vue saluée par les applaudissements du public le soir où j’y suis allée.
Camille Cottin

Camille Cottin

Malgré les aprioris, il est donc largement possible de passer une très bonne soirée devant Jamais 2 sans 3 !
A ma gauche, mon amie Claire riait de bon cœur. A ma droite, Vincent semblait plus sceptique…

 

Et vous, serez-vous plutôt Claire ou Vincent?
Prenez donc le risque, poussez les portes du Théâtre Palais-Royal. Ce temple de l’humour est tellement magnifique qu’il vaut de toute façon à lui seul le détour.
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