Catégorie : Festival d’Avignon

En route pour le Festival d’Avignon !

Sans titre

Avignon, J-4 !

On s’en souviendra, de cette année 2014…

Olivier Py aura fait un démarrage en tant que directeur du IN en fanfare. Après les municipales et sa menace de quitter Avignon si le FN passait, c’est aujourd’hui les intermittents qui entrent en guerre. Rejetant fermement l’accord du 22 mars 2014 qui concerne leur régime, ils manifestent depuis des mois et de nombreux festivals ou spectacles ont déjà été annulés.
La grève se tient au-dessus du IN d’Avignon comme une épée de Damoclès.
Nous, spectateurs qui savons que sans intermittents pas de culture, ne pouvons que soutenir ce combat. Alors on attend, et on espère.
Il paraît que les réservations n’en pâtissent pas trop, tant mieux.

Ayant séché le festival IN depuis 3 ans, j’ai épluché cette année le programme avec un intérêt particulier. Est-ce l’image d’Olivier Py – comédien et metteur en scène ayant plusieurs fois joué au OFF – qui m’a attirée? Je pense que l’influence de la communauté des #théâtrogeeks que je suis tous les jours sur Twitter ne doit pas y être pour rien non plus !

(suite…)

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Invisibles au Théâtre 13

La petite fiche
  • De Nasser Djemaï
  • Par Nasser Djemaï
  • Au Théâtre 13 Jardin103 A, boulevard Auguste-Blanqui75013 Paris
  • Du Mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30Jusqu'au 20 octobre 2013
  • À 24€ tarif plein / 16€ réduit / Bon plan : 13€ le 13 de chaque mois.
  • 5/5

Depuis que j’ai vu cette pièce à Avignon en 2012, elle ne m’a pas quittée… J’y repense souvent, je guettais régulièrement les dates et comptais même me déplacer en province pour la revoir. Je suis ravie qu’elle passe au théâtre 13. Ne la manquez pas.

 

Martin, 35 ans, vient de perdre sa mère. Celle-ci lui a laissé un coffret à remettre à son père qu’il n’a jamais connu…

Il va alors partir à sa recherche et se retrouver dans un foyer de vieux travailleurs immigrés d’origine algérienne.

Désemparé et à bout de nerf, Martin va être recueilli par quatre d’entre eux. Il va découvrir le rude quotidien de ces hommes, ces « chibanis* », qui tentent de s’en sortir en France tout en gardant une dignité et une image de réussite pour leur famille restée en Algérie.

 

Cette pièce est un vrai bijou. C’est sûr, les actions ne fusent pas. Mais là n’est pas la force de l’auteur. Son grand talent est de nous faire vivre pendant 1h40 au rythme de ces retraités algériens. Il réussit à retranscrire une ambiance qui ne nous est pas forcément familière et à nous la faire adopter. On est dans ce foyer, on vit avec Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj.

Et surtout on vit avec eux l’intrusion de Martin, « le jeune » comme ils l’appellent. Son désespoir mais aussi l’angoisse des secrets qu’il remue dans ce foyer sont plus que palpables. Et le silence dans la salle tout le long de la représentation en témoigne.Invisibles

Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de cette pièce, réussit avec Invisibles un pari d’une grande qualité. Celui de nous ouvrir les yeux sur un monde qu’on connaît peu.

Les Echos ont d’ailleurs dit à ce propos: « Quand le théâtre dit le monde mieux qu’un documentaire c’est qu’il rime avec art. Bravo Nasser Djemaï ».

La mise en scène, les effets de vidéos « fantasmagoriques » et le texte sont d’une grande finesse. Ce foyer est leur enfer, et Martin a du mal à en sortir… En relisant le texte et surtout la préface, je me suis d’autant plus rendue compte que j’avais vu une belle pièce, une pièce jouant avec les références pour dessiner une réalité. C’est tout ce que j’aime au théâtre.

 

Je dois avouer que je partais avec une émotion d’avance. Ce monde, je le connais un peu puisque ces retraités algériens m’ont fortement fait penser à mon papa… Ils paraissent tellement authentiques, c’est troublant. Tout y est: la gestuelle, l’humour et même les fautes de français…

Quand la pièce s’est terminée, j’ai bien observé la salle et tout le monde semblait très ému. Les applaudissements étaient d’ailleurs très contenus au début. Puis au bout de quelques minutes, le temps que l’émotion laisse place à l’admiration sûrement, les gens se sont levés et ont crié des « bravos » sincères qui m’ont pris au cœur.

 

Vraiment, Invisibles est une pièce de cette rentrée que je vous recommande. Et si vous l’avez vue, je serais ravie d’échanger un peu plus sur nos ressentis.

 * "Chibanis" veut dire "cheveux blancs" en arabe, ce terme est utilisé pour désigner les vieux immigrés maghrébins.
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Bilan de mon festival d’Avignon 2013

J’ai lu un jour sur Twitter : « Qu’y a-t-il de plus chiant qu’un compte-rendu de festival ? »

À ça je répondrais, un compte-rendu qui arrive après la bataille ! Même si j’ai un peu traîné à dresser mon bilan, j’espère qu’il n’est pas trop tard pour échanger sur ce cru 2013.

C’était mon 3ème Avignon et je dois avouer qu’après une semaine passée au temple du théâtre, je suis revenue avec moins de coups de cœur que les années précédentes. La programmation du OFF m’a un peu déçue, j’avais l’impression de retrouver le programme de 2012 auquel s’ajoutaient des succès parisiens. Je n’ai peut-être pas assez fouillé parmi les 1265 spectacles proposés, mais les discussions que j’ai pu avoir en terrasse de café ou sur Twitter (la plus grande terrasse du monde :)) rejoignaient cette impression.

Du côté du IN, j’ai fait l’impasse. Les pièces étant souvent plus longues et plus chères, je ne voulais pas prendre de risque… Je regrette un peu, même si je me suis rattrapée sur France 2 j’aurais par exemple bien aimé voir Cour d’honneur de Jérôme Bel en vrai. L’année prochaine, je prendrai plus de risque !

 

Mon festival OFF

Je suis restée 6 jours à Avignon et j’ai vu 13 pièces. Ce qui est peu ! Certains en voient autant en 4 jours. Mais cette année, j’avais surtout envie de repos… Trop de pièces vues dans l’année peut-être?

Histoire de bien marquer ce séjour du tampon « vacances », nous avons passé une très belle journée en nous baladant aux environs d’Avignon. Saint-Rémy en Provence, Les Baux de Provence, Arles… Deux amis connaissant la région nous ont fait passer une très belle journée. Le lendemain, c’était nous qui les embarquions au rythme fou du festival ! Un très bon deal.

Les Baux de Provence

Autrement, comme toujours, ce festival m’aura permis de faire des rencontres enrichissantes entre deux spectacles. J’ai ainsi pu trinquer avec Emma de L’Étoffe des Songes, rencontrer des rédacteurs du bruit du OFF, apercevoir le jeune fondateur passionné du Rideau, profiter du sourire de Philippe Chevilley des Echos et faire un coucou à des amis que je croise chaque année. Pour ça, le festival est vraiment particulier. Les remparts, les rues piétonnes, les spectacles de rue, les affiches partout, la chaleur, les cigales… Autant de détails qui créent une ambiance chaleureuse et décontractée vraiment propice à la bonne humeur et aux échanges. J’adore !

Les affiches

Mais on n’oublie pas que le festival est avant tout un sacré budget. Si je me suis lâchée les deux années précédentes, j’ai essayé d’être un peu plus raisonnable cette fois-ci.

Pour la petite histoire, j’ai eu l’honneur cette année d’avoir une carte Presse. C’est en échangeant sur Twitter avec le Community Manager du festival qu’il m’a proposé de m’en faire une, jugeant que ma communication sur Twitter pouvait aider les compagnies à faire leur promo. J’en ai été très flattée ! C’est le sésame pour être invitée et ne plus payer ses places.

Mais… ma carte est restée timidement au fond de mon sac pendant mon séjour. Je l’ai montrée deux fois en réservant, et les questions « Vous faites quoi? » et les réactions qui s’en suivaient « Ah, un blog… twitter… » m’ont un peu refroidie. Je n’avais pas trop envie de passer un entretien à chaque spectacle et je ne savais de toute façon pas bien me vendre. J’ai répondu présente aux compagnies qui m’ont invitée personnellement, mais pour le reste j’ai payé mes places ! Ce qui ne m’a pas empêchée de faire mon maximum pour partager mon enthousiasme quand une pièce me plaisait.

Voici la liste des pièces que j’ai vues :

 

le-nazi-et-le-barbierLe Nazi et le Barbier – Théâtre Le Cabestan

Adaptation du roman de Edgar Hilsenrath où le SS Max Schulz nous raconte, avec un humour noir et acerbe, sa vie de génocidaire qui se fait passer pour une de ses victimes juives après la guerre.

Ce seul en scène déjà joué à La Manufacture des Abbesses a été salué par la critique mais le ton y est bien trop impudique pour moi. Je dois avouer avoir eu la nausée pendant la description d’une scène insupportable dès les premières minutes.

Mais cela m’a permis de connaître le comédien David Nathanson. En marge du personnage déroutant qu’il incarne, il raconte son festival d’Avignon dans un blog. Son regard tendre et plein d’humour est joliment illustré par le dessinateur Vince.

 

29943Tom à la ferme – Théâtre du Chêne Noir ♥

Il aura fait parler, ce Tom ! Sur une mise en scène de Ladislas Chollat, la pièce nous parle d’homosexualité, de deuil, de secrets… Tom se retrouve dans la ferme familiale de son défunt amant. La mère de celui qui était tout pour lui ne connaît pas son existence. Le frère, lui, fera tout pour le faire taire.

Plus je repense à cette ambiance pesante et malsaine, plus je l’aime ce Tom à la ferme.

Même si mon émotion a été parasitée par quelques détails (le décor trop réaliste, le personnage de Nathalie…), avec du recul cela a peu d’importance. Les sujets abordés sont forts et certaines scènes sont esthétiques et troublantes à la fois.

La pièce a été adaptée en long métrage par Xavier Dolan et est en compétition pour le Lion d’Or à la Mostra de Venise.

 

Kok BatayKok Batay – La Manufacture

Deuxième coup de cœur de ce festival !

Sergio Grondin est un raconteur d’histoire. Mais pas n’importe quelles histoires. Avec toute sa poésie, il nous raconte celles de son île, La Réunion. A travers le portrait de l’écorché Johnny Catherine, un boxeur reconnu, Kok Batay nous emporte dans la vie d’un homme qui a laissé des traces. Des traces de violence, mais surtout des traces de manque.

Sergio s’adresse à nous. Sa voix et son charisme nous glacent. Il y a de la musique dans son art. La rage d’un rap, la musicalité d’un slam et l’enivrement de l’électro. On l’écoute, on attend la suite autant qu’on la craint.

Une pièce poignante dont je ne suis pas sortie indemne.

 

tredler_photoA côté d’elle – Théâtre Le Rouge Gorge

On connaît Thierry Redler pour le rôle de Marc dans « Les filles d’à côté ». On s’en souvient et cela nous fait sourire. Mais l’homme caché derrière cette sitcom a vécu, et la vie lui a arraché bien plus que le succès…

Thierry veut nous parler de lui, de son parcours. Mais surtout nous parler d’Elle, celle qu’il a aimée et qui est partie.

C’est en lisant un article que j’ai compris son histoire, la pièce ne la retranscrit malheureusement pas à sa juste valeur. On sent une émotion très forte, ne serait-ce que dans le regard de Thierry Redler, mais le texte oscille maladroitement entre humour et vérité. C’est dommage.

 

BinariBinari – La Condition des Soies

Un spectacle traditionnel coréen en plein milieu de ce festival, voilà de quoi être dépaysé à souhait ! Binari mêle théâtre, danse et mime… Après sa mort, une mère retrace sa vie. Ses traumatismes, et ses moments de bonheur. Le jeu des comédiens est physique. Très différent de notre vision occidentale du théâtre. Le drame est violent, et les joies explosent. Un spectacle mystique nous permettant de rencontrer une culture méconnue. J’aurais juste aimé voir plus de danses que de tragédie, c’est mon seul regret.

 

Rappelle-toiRappelle-toi – La Luna

Après La Naïve, la Compagnie Carrozzone nous enchante une fois de plus avec leur portrait drôle et attachant d’une famille italienne.

Pour en savoir plus, c’est ici.

Troisième coup de cœur et surtout, deuxième pièce à m’avoir tiré les larmes jusqu’au sanglot ! Je ne sais pas si je dois les féliciter ;-)

 

Dans la peau d'un noirDans la peau d’un noir – Chien qui fume

Forte de son amour pour la culture africaine, Clémentine Célarié adapte l’histoire vraie du journaliste américain John H. Griffin qui s’est transformé en « homme noir »  dans les années 60 pour vivre et comprendre les ségrégations. Maquillée en noir, elle joue elle-même ce rôle.

Seule sur scène, j’ai trouvé qu’elle peinait à habiter l’espace. Le rythme est lent et l’ambiance est… sombre. Même si on sent une réelle envie de la part de la comédienne qui a vécu 12 ans en Afrique, je me suis ennuyée.

 

ConstanceConstance – Le Paris

Eh oui, n’en déplaise à certains j’ai vu un spectacle au Paris !

Je n’avais jamais vu de sketch de Constance et je suis ravie de l’avoir découverte. Elle est drôle et sait parfaitement mesurer ses limites. Elle use aussi bien de son charme qu’elle en abuse. Déguisée dans des accoutrements plus farfelus les uns que les autres, elle est exquise. Non, vraiment, une très bonne surprise.

 

Le petit poucetIl était une fois… Le Petit Poucet

Une joyeuse troupe revisite le conte de Perrault en chansons à la sauce Ogre de Barback. C’est frais, dynamique et bien interprété. Les plus petits se marreront, et les plus grand(e)s tomberont sous le charme du Petit Poucet et de ses accolytes. J’ai passé un très bon moment, j’avais 8 ans pendant une petite heure.

 


Le de n-1Le t de n-1 – La Manufacture

Sur le papier, cela avait tout pour me plaire. Clémence Gandillot, passionnée de mathématiques, met en équation la vie. Et le fruit de ses réflexions, elle nous les présente à l’Université d’Avignon dans une salle de classe décorée à son image. Dans une ambiance façon Michel Gondry qui a mis deux jours à être montée, elle développe, elle factorise… J’étais amusée et très intriguée au début, et puis le texte a manqué de contenu. De contenu qui me parlait, qui n’était pas que « dans sa tête ». Tout le discours sur « Qu’est-ce qu’une chose? » m’a un peu perdue.

Le t de n-1 reste une proposition jolie, poétique et très originale.

 

l-incroyable-destin-de-rene-sarvil-1407316033-40981L’incroyable destin de René Sarvil – Théâtre des Carmes

Mordue de théâtre en est fan, alors je ne voulais manquer en aucun cas l’un des spectacles de Ali Bougheraba. Avec sa troupe des Carboni et accompagnés d’un accordéon, ils nous racontent en chansons l’histoire de René Sarvil, parolier oublié de Marseille. J’ai été épatée par les voix des 4 chanteurs de la bande et par la complicité qu’il y avait entre eux. Ils sont très doués, mais j’ai simplement regretté le propos de départ: l’histoire de René Sarvil ne m’a pas passionnée, j’aurais préféré qu’ils me chantent du Beyoncé (c’est un running gag pendant le spectacle, l’un des chanteurs veut révéler sans cesse sa vraie nature au milieu du « Cabaret » et chanter du Liza Minelli ou du Beyonce ! Je n’attendais qu’une chose: qu’il le fasse !).

 

Le LienLe lien – Théâtre du Chêne Noir

Deux êtres se découvrent frère et sœur à la mort de leur père qui, à l’insu de tous, menait une double vie. S’installe entre eux un lien troublant, presque perverse.

Sur un texte d’Amanda Sthers, Chloé Lambert et Stanislas Merhar peinent à convaincre. Déjà jouée aux Mathurins, on a l’impression que cette pièce a été montée à l’économie pour Avignon. Sur une heure montre en main, il est difficile d’être séduit par l’évolution bien trop rapide et prévisible de leur relation. Une déception.

 

OleannaOleanna – Girasole

Vous allez définitivement croire que je suis très critique, ou que je passe à côté de tous les spectacles ! Je ne sais pas ce qu’il s’est passé cette année, mais les spectacles coups de coeur de la majorité étaient souvent de bonnes déceptions pour moi…

Donc Oleanna, je n’ai pas adhéré. Cette histoire d’intimidation entre un professeur universitaire et son élève m’a gênée dans sa forme. Ils se coupaient sans cesse la parole, ce n’était pas naturel et pas agréable à l’oreille… Et c’est sans compter sur le téléphone qui n’arrêtait pas de sonner (dans la pièce, hein). Et cette façon de répéter les débuts de phrases. Oui, cette façon de répéter, pourquoi?

Je finis ce compte-rendu en me lâchant un peu, j’espère que vous me pardonnerez.

 

Voilà, fin de ma semaine au Festival d’Avignon 2013. J’ai restitué les spectacles dans l’ordre chronologique où je les ai vus. Pas de classement donc, mais vous pourrez guetter particulièrement les spectacles avec un petit cœur rose . Les autres sont à voir aussi, je serais évidemment ravie d’échanger nos avis… Vous pouvez d’ailleurs cliquer sur les liens que j’ai semés un peu partout, vous trouverez tout plein d’autres comptes-rendus et des critiques bien plus détaillées qui divergent parfois de mon ressenti.

Malgré le bilan mitigé et le rythme soutenu, je suis évidemment partie un peu nostalgique.

Vivement 2014 !

On s’y croise ?

Les rues d'Avignon

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