Catégorie : Festival d’Avignon

Festival d’Avignon OFF : Rappelle-toi

Qu’est-ce que je regrette de ne pas avoir découvert cette compagnie plus tôt ! On me parle depuis longtemps de La Naïve, grand succès du OFF joué récemment au Poche Montparnasse à Paris, mais j’étais loin d’imaginer l’énergie que j’ai vue hier.

La deuxième création de la compagnie Carrozzone Teatro, Rappelle-toi, nous emmène au cœur de l’Italie, à la rencontre de Nadia et de son frère Giacomo. Nadia vit seule avec son père, Giacomo est parti depuis quelques années et ne veut plus entendre parler d’eux… Mais quand la maladie s’installe dans la famille, Nadia décide de partir à la recherche de son frère… et de son passé. Pourquoi Giacomo a peur d’être enfermé dans les toilettes? Qu’est-il arrivé à leur mère? Pourquoi leur père est-il si égoïste et si froid?

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Rappelle-toi nous dresse un portrait pétillant et intelligent d’une famille pleine de secrets. Elle nous interroge sur le poids du passé et les clefs de notre présent.

C’est drôle, fin et joliment rythmé par les accents italiens des comédiens. Le jeu est exagéré mais jamais exaspérant. Le côté burlesque est ici maîtrisé à la mimique près.

La pièce commence comme une très bonne comédie, dans la salle ça se marre. Fabio Marra a ce talent de nous faire rire, de bon cœur, mais de ne jamais perdre son objectif: nous toucher, nous faire réfléchir. Il déclenche nos sentiments par le rire. Petit à petit, une fois notre attention captivée et nos tensions relâchées, il installe l’histoire et distille progressivement l’émotion… Je ne vous cache pas que j’ai fini en larmes et je ne sais pas si c’est l’effet Avignon, mais je continuais même à pleurer en sortant de la salle.

Je vous recommande vivement de trouver une petite place pour Rappelle-toi dans votre planning du festival.

Pour les parisiens, je ne manquerai pas de vous prévenir dès que l’une des pièces est programmée. Ils ont en projet de s’installer de nouveau au Poche-Montparnasse. Ils ne savent pas encore s’ils joueront La Naïve ou Teresina, leur nouvelle création. A suivre, assolutamente !

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Festival d’Avignon : ma sélection de spectacles

Pas mal de nouveautés cette année dans le OFF, non? Il y a peu de pièces que j’ai déjà vues, et c’est tant mieux !

Mais tout de même, voici une petite pré-sélection de trois spectacles vus, appréciés et vivement recommandés. J’espère que vous aurez l’occasion de les caser dans vos programmes chargés. Si c’est le cas, je serais ravie de recueillir vos impressions.

 

Une vie sur mesure au CINEVOX à 15h30

Une vie sur mesure

 

« Si Roméo avait sa Juliette, Adrien Lepage a sa batterie. 
A mi-chemin entre Forest Gump et Billy Elliot, ce gamin doué, beau de naïveté, vit une passion défendue pour son instrument. Cet amour va alors embraser toute son existence et se révéler d’une force exceptionnelle de partage et d’émotion. »

 

C’est LE spectacle dont je parle à qui veut bien m’écouter. Ce seul-en-scène est incroyablement bien pensé. Il traite avec simplicité de la passion, de la différence et de toute la poésie que cela engendre. C’est rare de ressentir autant de sentiments à la fois en un spectacle, réservez sans hésiter.

Et si vous avez déjà apprécié Une vie sur mesure, sachez que Cédric Chapuis signe deux autres spectacles cette année: Dans les draps de Morphée au Petit Louvre, une pièce bouleversante sur le parcours judiciaire d’une femme en quête de dignité, et 23_F côté hublot au Théâtre Notre-Dame, un bol d’amour frais au cœur de ce festival.

 

Motobécane au Théâtre du Roi René à 18h05

Motobécane

« Monsieur Motobécane sillonne les routes de Picardie sur sa mobylette bleue, Amandine huit ans surgit sur sa route et va bouleverser sa vie… »

 

Bernard Crombey est parti d’un fait divers pour nous offrir cette histoire. Seul sur scène, il donne voix à ce paysan naïf surnommé « Motobécane », devenu malgré lui l’accusé montré du doigt. Avec un accent picard et des expressions aussi surprenantes que bouleversantes, il nous transporte dans l’aventure de deux êtres innocents et abîmés. On tend l’oreille, on essaie de comprendre et puis, on craint la suite…
Grand succès du OFF, à découvrir absolument. 

 

La liste de mes envies au Théâtre des Béliers à 17h40
La liste de mes envies
« Enorme succès en librairie – 420 000 exemplaires vendus dans plus de vingt pays – l’adaptation du texte de Grégoire Delacourt triomphe à Paris depuis janvier 2013 ! La Liste de mes envies raconte l’histoire de Jocelyne, mercière à Aras dont le destin bascule subitement après avoir gagné à la loterie. Une histoire simple et délicate. »

 

Encore un seul en scène ! En interprétant lui-même le rôle de Jocelyne, Mikaël Chirinian a trouvé je crois la bonne parade pour nous montrer que La liste de mes envies n’est pas qu’un roman de gare. Cette adaptation donne une particularité touchante à ce récit de femme. A voir, surtout pour la mise en scène.



Je serai sur le festival à partir du 14 juillet. Je vais prendre quelques risques et vous donne rendez-vous ici pour vous en donner des nouvelles !

Et vous, avez-vous des suggestions à nous faire pour nous repérer parmi les 1 200 spectacles ?
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Festival d’Avignon : Invisibles au Théâtre du Chêne Noir

Martin, 35 ans, vient de perdre sa mère. Celle-ci lui a laissé un coffret à remettre à son père qu’il n’a jamais connu…

Il va alors partir à sa recherche et se retrouver dans un foyer de vieux travailleurs immigrés d’origine algérienne.

Désemparé et à bout de nerf, Martin va être recueilli par quatre d’entre eux. Il va découvrir le rude quotidien de ces hommes, ces « chibanis* », qui tentent de s’en sortir en France tout en gardant une dignité et une image de réussite pour leur famille restée en Algérie…

Cette pièce est un vrai bijou. C’est sûr, les actions ne fusent pas. Mais là n’est pas la force de l’auteur. Son grand talent est de nous faire vivre pendant 1h40 au rythme de ces retraités algériens. Il réussit à retranscrire une ambiance qui ne nous est pas forcément familière et à nous la faire adopter. On est dans ce foyer, on vit avec Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj.

Et surtout on vit avec eux l’intrusion de Martin, « le jeune » comme ils l’appellent. Son désespoir mais aussi l’angoisse des secrets qu’il remue dans ce foyer sont plus que palpables. Et le silence dans la salle tout le long de la représentation en témoigne.

Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de cette pièce, réussit avec Invisibles un pari d’une grande qualité. Celui de nous ouvrir les yeux sur un monde qu’on connaît peu.

Les Echos ont d’ailleurs dit à ce propos: « Quand le théâtre dit le monde mieux qu’un documentaire c’est qu’il rime avec art. Bravo Nasser Djemaï ».

Je dois avouer que je partais avec une émotion d’avance. Ce monde, je le connais un peu puisque ces retraités algériens m’ont fortement fait penser à mon papa… Ils paraissent tellement authentiques, c’est troublant. Tout y est: la gestuelle, l’humour et même les fautes de français…

Quand la pièce s’est terminée, j’ai bien observé la salle et tout le monde semblait très ému. Les applaudissements étaient d’ailleurs très contenus au début. Puis au bout de quelques minutes, le temps que l’émotion laisse place à l’admiration sûrement, les gens se sont levés et ont crié des « bravos » sincères qui m’ont pris au cœur.

Vraiment, Invisibles est une très belle pièce que je vous recommande. Et si vous l’avez vue, je serais ravie d’échanger un peu plus sur nos ressentis.

Amis parisiens, je ne manquerai pas de vous prévenir si cette pièce se joue sur la capitale !

En attendant, je peux vous prêter le texte si cela vous intéresse.

 * "Chibanis" veut dire "cheveux blancs" en arabe, ce terme est utilisé pour désigner les vieux immigrés maghrébins.
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