Bilan de mon festival d’Avignon 2013

J’ai lu un jour sur Twitter : « Qu’y a-t-il de plus chiant qu’un compte-rendu de festival ? »

À ça je répondrais, un compte-rendu qui arrive après la bataille ! Même si j’ai un peu traîné à dresser mon bilan, j’espère qu’il n’est pas trop tard pour échanger sur ce cru 2013.

C’était mon 3ème Avignon et je dois avouer qu’après une semaine passée au temple du théâtre, je suis revenue avec moins de coups de cœur que les années précédentes. La programmation du OFF m’a un peu déçue, j’avais l’impression de retrouver le programme de 2012 auquel s’ajoutaient des succès parisiens. Je n’ai peut-être pas assez fouillé parmi les 1265 spectacles proposés, mais les discussions que j’ai pu avoir en terrasse de café ou sur Twitter (la plus grande terrasse du monde :)) rejoignaient cette impression.

Du côté du IN, j’ai fait l’impasse. Les pièces étant souvent plus longues et plus chères, je ne voulais pas prendre de risque… Je regrette un peu, même si je me suis rattrapée sur France 2 j’aurais par exemple bien aimé voir Cour d’honneur de Jérôme Bel en vrai. L’année prochaine, je prendrai plus de risque !

 

Mon festival OFF

Je suis restée 6 jours à Avignon et j’ai vu 13 pièces. Ce qui est peu ! Certains en voient autant en 4 jours. Mais cette année, j’avais surtout envie de repos… Trop de pièces vues dans l’année peut-être?

Histoire de bien marquer ce séjour du tampon « vacances », nous avons passé une très belle journée en nous baladant aux environs d’Avignon. Saint-Rémy en Provence, Les Baux de Provence, Arles… Deux amis connaissant la région nous ont fait passer une très belle journée. Le lendemain, c’était nous qui les embarquions au rythme fou du festival ! Un très bon deal.

Les Baux de Provence

Autrement, comme toujours, ce festival m’aura permis de faire des rencontres enrichissantes entre deux spectacles. J’ai ainsi pu trinquer avec Emma de L’Étoffe des Songes, rencontrer des rédacteurs du bruit du OFF, apercevoir le jeune fondateur passionné du Rideau, profiter du sourire de Philippe Chevilley des Echos et faire un coucou à des amis que je croise chaque année. Pour ça, le festival est vraiment particulier. Les remparts, les rues piétonnes, les spectacles de rue, les affiches partout, la chaleur, les cigales… Autant de détails qui créent une ambiance chaleureuse et décontractée vraiment propice à la bonne humeur et aux échanges. J’adore !

Les affiches

Mais on n’oublie pas que le festival est avant tout un sacré budget. Si je me suis lâchée les deux années précédentes, j’ai essayé d’être un peu plus raisonnable cette fois-ci.

Pour la petite histoire, j’ai eu l’honneur cette année d’avoir une carte Presse. C’est en échangeant sur Twitter avec le Community Manager du festival qu’il m’a proposé de m’en faire une, jugeant que ma communication sur Twitter pouvait aider les compagnies à faire leur promo. J’en ai été très flattée ! C’est le sésame pour être invitée et ne plus payer ses places.

Mais… ma carte est restée timidement au fond de mon sac pendant mon séjour. Je l’ai montrée deux fois en réservant, et les questions « Vous faites quoi? » et les réactions qui s’en suivaient « Ah, un blog… twitter… » m’ont un peu refroidie. Je n’avais pas trop envie de passer un entretien à chaque spectacle et je ne savais de toute façon pas bien me vendre. J’ai répondu présente aux compagnies qui m’ont invitée personnellement, mais pour le reste j’ai payé mes places ! Ce qui ne m’a pas empêchée de faire mon maximum pour partager mon enthousiasme quand une pièce me plaisait.

Voici la liste des pièces que j’ai vues :

 

le-nazi-et-le-barbierLe Nazi et le Barbier – Théâtre Le Cabestan

Adaptation du roman de Edgar Hilsenrath où le SS Max Schulz nous raconte, avec un humour noir et acerbe, sa vie de génocidaire qui se fait passer pour une de ses victimes juives après la guerre.

Ce seul en scène déjà joué à La Manufacture des Abbesses a été salué par la critique mais le ton y est bien trop impudique pour moi. Je dois avouer avoir eu la nausée pendant la description d’une scène insupportable dès les premières minutes.

Mais cela m’a permis de connaître le comédien David Nathanson. En marge du personnage déroutant qu’il incarne, il raconte son festival d’Avignon dans un blog. Son regard tendre et plein d’humour est joliment illustré par le dessinateur Vince.

 

29943Tom à la ferme – Théâtre du Chêne Noir ♥

Il aura fait parler, ce Tom ! Sur une mise en scène de Ladislas Chollat, la pièce nous parle d’homosexualité, de deuil, de secrets… Tom se retrouve dans la ferme familiale de son défunt amant. La mère de celui qui était tout pour lui ne connaît pas son existence. Le frère, lui, fera tout pour le faire taire.

Plus je repense à cette ambiance pesante et malsaine, plus je l’aime ce Tom à la ferme.

Même si mon émotion a été parasitée par quelques détails (le décor trop réaliste, le personnage de Nathalie…), avec du recul cela a peu d’importance. Les sujets abordés sont forts et certaines scènes sont esthétiques et troublantes à la fois.

La pièce a été adaptée en long métrage par Xavier Dolan et est en compétition pour le Lion d’Or à la Mostra de Venise.

 

Kok BatayKok Batay – La Manufacture

Deuxième coup de cœur de ce festival !

Sergio Grondin est un raconteur d’histoire. Mais pas n’importe quelles histoires. Avec toute sa poésie, il nous raconte celles de son île, La Réunion. A travers le portrait de l’écorché Johnny Catherine, un boxeur reconnu, Kok Batay nous emporte dans la vie d’un homme qui a laissé des traces. Des traces de violence, mais surtout des traces de manque.

Sergio s’adresse à nous. Sa voix et son charisme nous glacent. Il y a de la musique dans son art. La rage d’un rap, la musicalité d’un slam et l’enivrement de l’électro. On l’écoute, on attend la suite autant qu’on la craint.

Une pièce poignante dont je ne suis pas sortie indemne.

 

tredler_photoA côté d’elle – Théâtre Le Rouge Gorge

On connaît Thierry Redler pour le rôle de Marc dans « Les filles d’à côté ». On s’en souvient et cela nous fait sourire. Mais l’homme caché derrière cette sitcom a vécu, et la vie lui a arraché bien plus que le succès…

Thierry veut nous parler de lui, de son parcours. Mais surtout nous parler d’Elle, celle qu’il a aimée et qui est partie.

C’est en lisant un article que j’ai compris son histoire, la pièce ne la retranscrit malheureusement pas à sa juste valeur. On sent une émotion très forte, ne serait-ce que dans le regard de Thierry Redler, mais le texte oscille maladroitement entre humour et vérité. C’est dommage.

 

BinariBinari – La Condition des Soies

Un spectacle traditionnel coréen en plein milieu de ce festival, voilà de quoi être dépaysé à souhait ! Binari mêle théâtre, danse et mime… Après sa mort, une mère retrace sa vie. Ses traumatismes, et ses moments de bonheur. Le jeu des comédiens est physique. Très différent de notre vision occidentale du théâtre. Le drame est violent, et les joies explosent. Un spectacle mystique nous permettant de rencontrer une culture méconnue. J’aurais juste aimé voir plus de danses que de tragédie, c’est mon seul regret.

 

Rappelle-toiRappelle-toi – La Luna

Après La Naïve, la Compagnie Carrozzone nous enchante une fois de plus avec leur portrait drôle et attachant d’une famille italienne.

Pour en savoir plus, c’est ici.

Troisième coup de cœur et surtout, deuxième pièce à m’avoir tiré les larmes jusqu’au sanglot ! Je ne sais pas si je dois les féliciter ;-)

 

Dans la peau d'un noirDans la peau d’un noir – Chien qui fume

Forte de son amour pour la culture africaine, Clémentine Célarié adapte l’histoire vraie du journaliste américain John H. Griffin qui s’est transformé en « homme noir »  dans les années 60 pour vivre et comprendre les ségrégations. Maquillée en noir, elle joue elle-même ce rôle.

Seule sur scène, j’ai trouvé qu’elle peinait à habiter l’espace. Le rythme est lent et l’ambiance est… sombre. Même si on sent une réelle envie de la part de la comédienne qui a vécu 12 ans en Afrique, je me suis ennuyée.

 

ConstanceConstance – Le Paris

Eh oui, n’en déplaise à certains j’ai vu un spectacle au Paris !

Je n’avais jamais vu de sketch de Constance et je suis ravie de l’avoir découverte. Elle est drôle et sait parfaitement mesurer ses limites. Elle use aussi bien de son charme qu’elle en abuse. Déguisée dans des accoutrements plus farfelus les uns que les autres, elle est exquise. Non, vraiment, une très bonne surprise.

 

Le petit poucetIl était une fois… Le Petit Poucet

Une joyeuse troupe revisite le conte de Perrault en chansons à la sauce Ogre de Barback. C’est frais, dynamique et bien interprété. Les plus petits se marreront, et les plus grand(e)s tomberont sous le charme du Petit Poucet et de ses accolytes. J’ai passé un très bon moment, j’avais 8 ans pendant une petite heure.

 


Le de n-1Le t de n-1 – La Manufacture

Sur le papier, cela avait tout pour me plaire. Clémence Gandillot, passionnée de mathématiques, met en équation la vie. Et le fruit de ses réflexions, elle nous les présente à l’Université d’Avignon dans une salle de classe décorée à son image. Dans une ambiance façon Michel Gondry qui a mis deux jours à être montée, elle développe, elle factorise… J’étais amusée et très intriguée au début, et puis le texte a manqué de contenu. De contenu qui me parlait, qui n’était pas que « dans sa tête ». Tout le discours sur « Qu’est-ce qu’une chose? » m’a un peu perdue.

Le t de n-1 reste une proposition jolie, poétique et très originale.

 

l-incroyable-destin-de-rene-sarvil-1407316033-40981L’incroyable destin de René Sarvil – Théâtre des Carmes

Mordue de théâtre en est fan, alors je ne voulais manquer en aucun cas l’un des spectacles de Ali Bougheraba. Avec sa troupe des Carboni et accompagnés d’un accordéon, ils nous racontent en chansons l’histoire de René Sarvil, parolier oublié de Marseille. J’ai été épatée par les voix des 4 chanteurs de la bande et par la complicité qu’il y avait entre eux. Ils sont très doués, mais j’ai simplement regretté le propos de départ: l’histoire de René Sarvil ne m’a pas passionnée, j’aurais préféré qu’ils me chantent du Beyoncé (c’est un running gag pendant le spectacle, l’un des chanteurs veut révéler sans cesse sa vraie nature au milieu du « Cabaret » et chanter du Liza Minelli ou du Beyonce ! Je n’attendais qu’une chose: qu’il le fasse !).

 

Le LienLe lien – Théâtre du Chêne Noir

Deux êtres se découvrent frère et sœur à la mort de leur père qui, à l’insu de tous, menait une double vie. S’installe entre eux un lien troublant, presque perverse.

Sur un texte d’Amanda Sthers, Chloé Lambert et Stanislas Merhar peinent à convaincre. Déjà jouée aux Mathurins, on a l’impression que cette pièce a été montée à l’économie pour Avignon. Sur une heure montre en main, il est difficile d’être séduit par l’évolution bien trop rapide et prévisible de leur relation. Une déception.

 

OleannaOleanna – Girasole

Vous allez définitivement croire que je suis très critique, ou que je passe à côté de tous les spectacles ! Je ne sais pas ce qu’il s’est passé cette année, mais les spectacles coups de coeur de la majorité étaient souvent de bonnes déceptions pour moi…

Donc Oleanna, je n’ai pas adhéré. Cette histoire d’intimidation entre un professeur universitaire et son élève m’a gênée dans sa forme. Ils se coupaient sans cesse la parole, ce n’était pas naturel et pas agréable à l’oreille… Et c’est sans compter sur le téléphone qui n’arrêtait pas de sonner (dans la pièce, hein). Et cette façon de répéter les débuts de phrases. Oui, cette façon de répéter, pourquoi?

Je finis ce compte-rendu en me lâchant un peu, j’espère que vous me pardonnerez.

 

Voilà, fin de ma semaine au Festival d’Avignon 2013. J’ai restitué les spectacles dans l’ordre chronologique où je les ai vus. Pas de classement donc, mais vous pourrez guetter particulièrement les spectacles avec un petit cœur rose . Les autres sont à voir aussi, je serais évidemment ravie d’échanger nos avis… Vous pouvez d’ailleurs cliquer sur les liens que j’ai semés un peu partout, vous trouverez tout plein d’autres comptes-rendus et des critiques bien plus détaillées qui divergent parfois de mon ressenti.

Malgré le bilan mitigé et le rythme soutenu, je suis évidemment partie un peu nostalgique.

Vivement 2014 !

On s’y croise ?

Les rues d'Avignon

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Festival d’Avignon OFF : Rappelle-toi

Qu’est-ce que je regrette de ne pas avoir découvert cette compagnie plus tôt ! On me parle depuis longtemps de La Naïve, grand succès du OFF joué récemment au Poche Montparnasse à Paris, mais j’étais loin d’imaginer l’énergie que j’ai vue hier.

La deuxième création de la compagnie Carrozzone Teatro, Rappelle-toi, nous emmène au cœur de l’Italie, à la rencontre de Nadia et de son frère Giacomo. Nadia vit seule avec son père, Giacomo est parti depuis quelques années et ne veut plus entendre parler d’eux… Mais quand la maladie s’installe dans la famille, Nadia décide de partir à la recherche de son frère… et de son passé. Pourquoi Giacomo a peur d’être enfermé dans les toilettes? Qu’est-il arrivé à leur mère? Pourquoi leur père est-il si égoïste et si froid?

Rappelle-toi_photo

Rappelle-toi nous dresse un portrait pétillant et intelligent d’une famille pleine de secrets. Elle nous interroge sur le poids du passé et les clefs de notre présent.

C’est drôle, fin et joliment rythmé par les accents italiens des comédiens. Le jeu est exagéré mais jamais exaspérant. Le côté burlesque est ici maîtrisé à la mimique près.

La pièce commence comme une très bonne comédie, dans la salle ça se marre. Fabio Marra a ce talent de nous faire rire, de bon cœur, mais de ne jamais perdre son objectif: nous toucher, nous faire réfléchir. Il déclenche nos sentiments par le rire. Petit à petit, une fois notre attention captivée et nos tensions relâchées, il installe l’histoire et distille progressivement l’émotion… Je ne vous cache pas que j’ai fini en larmes et je ne sais pas si c’est l’effet Avignon, mais je continuais même à pleurer en sortant de la salle.

Je vous recommande vivement de trouver une petite place pour Rappelle-toi dans votre planning du festival.

Pour les parisiens, je ne manquerai pas de vous prévenir dès que l’une des pièces est programmée. Ils ont en projet de s’installer de nouveau au Poche-Montparnasse. Ils ne savent pas encore s’ils joueront La Naïve ou Teresina, leur nouvelle création. A suivre, assolutamente !

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Festival d’Avignon : ma sélection de spectacles

Pas mal de nouveautés cette année dans le OFF, non? Il y a peu de pièces que j’ai déjà vues, et c’est tant mieux !

Mais tout de même, voici une petite pré-sélection de trois spectacles vus, appréciés et vivement recommandés. J’espère que vous aurez l’occasion de les caser dans vos programmes chargés. Si c’est le cas, je serais ravie de recueillir vos impressions.

 

Une vie sur mesure au CINEVOX à 15h30

Une vie sur mesure

 

« Si Roméo avait sa Juliette, Adrien Lepage a sa batterie. 
A mi-chemin entre Forest Gump et Billy Elliot, ce gamin doué, beau de naïveté, vit une passion défendue pour son instrument. Cet amour va alors embraser toute son existence et se révéler d’une force exceptionnelle de partage et d’émotion. »

 

C’est LE spectacle dont je parle à qui veut bien m’écouter. Ce seul-en-scène est incroyablement bien pensé. Il traite avec simplicité de la passion, de la différence et de toute la poésie que cela engendre. C’est rare de ressentir autant de sentiments à la fois en un spectacle, réservez sans hésiter.

Et si vous avez déjà apprécié Une vie sur mesure, sachez que Cédric Chapuis signe deux autres spectacles cette année: Dans les draps de Morphée au Petit Louvre, une pièce bouleversante sur le parcours judiciaire d’une femme en quête de dignité, et 23_F côté hublot au Théâtre Notre-Dame, un bol d’amour frais au cœur de ce festival.

 

Motobécane au Théâtre du Roi René à 18h05

Motobécane

« Monsieur Motobécane sillonne les routes de Picardie sur sa mobylette bleue, Amandine huit ans surgit sur sa route et va bouleverser sa vie… »

 

Bernard Crombey est parti d’un fait divers pour nous offrir cette histoire. Seul sur scène, il donne voix à ce paysan naïf surnommé « Motobécane », devenu malgré lui l’accusé montré du doigt. Avec un accent picard et des expressions aussi surprenantes que bouleversantes, il nous transporte dans l’aventure de deux êtres innocents et abîmés. On tend l’oreille, on essaie de comprendre et puis, on craint la suite…
Grand succès du OFF, à découvrir absolument. 

 

La liste de mes envies au Théâtre des Béliers à 17h40
La liste de mes envies
« Enorme succès en librairie – 420 000 exemplaires vendus dans plus de vingt pays – l’adaptation du texte de Grégoire Delacourt triomphe à Paris depuis janvier 2013 ! La Liste de mes envies raconte l’histoire de Jocelyne, mercière à Aras dont le destin bascule subitement après avoir gagné à la loterie. Une histoire simple et délicate. »

 

Encore un seul en scène ! En interprétant lui-même le rôle de Jocelyne, Mikaël Chirinian a trouvé je crois la bonne parade pour nous montrer que La liste de mes envies n’est pas qu’un roman de gare. Cette adaptation donne une particularité touchante à ce récit de femme. A voir, surtout pour la mise en scène.



Je serai sur le festival à partir du 14 juillet. Je vais prendre quelques risques et vous donne rendez-vous ici pour vous en donner des nouvelles !

Et vous, avez-vous des suggestions à nous faire pour nous repérer parmi les 1 200 spectacles ?
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