Les Cartes du Pouvoir au Théâtre Hébertot

La petite fiche
  • De Beau Willimon
  • Par Ladislas Chollat
  • Avec Raphäel Personnaz, Thierry Frémont, Elodie Navarre, Roxane Duran, Francis Lombrail, Julien Personnaz, Adel Djemai, Jeoffrey Bourdenet
  • Au Théâtre Hébertot 78 bis, boulevard des Batignolles 75017 Paris
  • Du Du mardi au samedi à 21h, samedi 15h30 & dimanche 18h jusqu'au 30 décembre 2014
  • 4/5

Quel casting !
Quand j’ai vu l’affiche débarquer dans les couloirs du métro parisien, j’ai de suite été interpellée.
Par Elodie Navarre (que j’avais adorée dans Sunderland), par Roxane Duran, par Thierry Frémont, par Francis Lombrail et… par le joli minois de Raphaël Personnaz que je ne connaissais pas. On ajoute à cela une mise en scène de Ladislas Chollat et il n’en fallait pas moins pour me faire réserver les yeux fermés.

Je me suis ensuite demandée quel texte avait bien pu réunir tout ce beau monde. Et là… je dois avouer que le pitch ne m’a pas emballée. Que l’auteur de la pièce originale, Beau Willimon, soit celui de la série House Of Cards n’a pas non plus été un argument de choc (je ne regarde aucune série)(ne me jetez pas la pierre).

Ce pitch officiel, le voici :

Les Cartes du Pouvoir, traite de l’évolution psychologique des personnages, lors de l’élection du candidat démocrate des primaires américaines, dans une atmosphère de comédie de mœurs où l’engagement humain, professionnel et privé, se fait et se défait lorsqu’il est confronté à la grandeur et à la décadence de la cynique quête du pouvoir.

Stephen Bellamy, attaché de presse et conseiller de campagne du gouverneur Morris est jeune, séduisant, brillant, ambitieux et déjà très expérimenté. Il prépare les primaires de la présidence américaine, sous la tutelle de Paul Zara, directeur de campagne incontournable qu’il admire et dont il a toute la confiance. Tous deux, profondément convaincus de leurs idéaux politiques et sociaux, s’engagent honnêtement, avec une solidarité indéfectible dans ce combat électoral.

Mais il faut gagner … Dans le jeu des Cartes du Pouvoir, la trahison est-elle inéluctable

Alors, cela vous emballe ?

Après avoir lu cela, j’ai pris peur : je me suis dit mon dieu je vais m’ennuyer. Je vais voir des comédiens que j’adore mais je vais être larguée au premier dialogue.

Hé bien que nenni ! J’ai été captivée pendant 1h50 (bon ok, 1h40, mais j’avais une dure journée de boulot derrière moi).

C’est un jeu de manipulation qu’on suit comme un thriller. Les cartes du pouvoir_photoEt malgré ce fil rouge des primaires des élections présidentielles, la pièce ne parle pas tant que ça de politique. Il est question ici d’ambitions, de coups bas, de pouvoir, d’amitié, de sexe… Des histoires transposables à tous les milieux, au fond.

Les (nombreux) personnages se dessinent et se défont de façon flagrante sous nos yeux. Avec en tête Raphaël Personnaz qui campe Stephen Bellamy, cet attaché de presse d’abord impressionnant puis très vite à bout de souffle et affaibli par ses adversaires et ses propres erreurs. Son jeu est physique. On le sent transpirer et perdre pied.

Autour de lui, des comédiens hors pair dont deux rôles féminins remarquables : Elodie Navarre en journaliste sûre d’elle et prête à tout pour un scoop, et Roxan Duran en stagiaire éprise de l’arrogant Stephen Bellamy mais dont le personnage s’avère plus mature qu’une simple aguicheuse.

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©Laurencine Lot

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Le décor sobre et moderne les met en lumière et nous laisse voir de l’intérieur leurs plus grands tourments dans cette quête de pouvoir. Les musiques entrecoupant les scènes, bien qu’elles soient parfois en décalage avec ce qu’on vient de voir, ajoutent ce qu’il faut au drame et à cette atmosphère sans pitié.

Je recommande chaudement.

On regrettera simplement l’horaire de 21h qui peut jouer un peu sur notre attention après une (dure) journée dans les pattes…

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©Laurencine Lot

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Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable

La petite fiche
  • De Hervé Le Tellier
  • Par Frédéric Cherboeuf et Etienne Coquereau
  • Avec Isabelle Cagnat et Etienne Coquereau
  • Au Lucernaire
  • Du Du mardi au samedi 20h, jusqu'au 30 août 2014
  • 4/5

« À quoi tu penses? »

« Je pense que si je te dis que sous cet angle, tu es incroyablement belle, tu vas te vexer. »

« Je pense que tous les champignons sont comestibles, certains une fois seulement. »

Au départ, un livre. A la manière de Georges Perec et ses « Je me souviens », Hervé Le Tellier a rassemblé près de mille réponses à la question « À quoi tu penses? ».

Tantôt phrases d’esprit, tantôt pensées intimes, Hervé ironise, se dévoile, parle du temps qui passe, parle d’elle, parle d’eux…

Il fallait sacrément d’imagination pour mettre en scène ce texte. Frédéric Cherboeuf et Etienne Coquereau en ont eu, avec un supplément de folie qui fait de cette adaptation une très jolie surprise.

C’est dans la baignoire du couple qu’ils ont décidé de nous plonger.  Elle est là, elle le questionne. A quoi tu penses, à quoi tu penses, à quoi tu penses…

Il répond. Ils s’amusent. Ils chantent. Ils dansent. C’est un doux moment d’intimité auquel on assiste, comme une bulle de savon qui flotterait dans l’air pendant une heure. Comme une mélodie d’Alain Souchon dont on ne se lasserait pas.

Il ne faut pas en dire plus et vous laisser le plaisir de découvrir le reste. Le Lucernaire, comme toujours, vient ajouter la touche finale à cette soirée. C’est l’été, prenez votre temps, laissez-vous aller à quelques flâneries dans la librairie à l’entrée, profitez après la pièce d’un bon repas dans l’ambiance chaleureuse du restaurant et n’oubliez pas de sourire à la joyeuse équipe de ce théâtre atypique.

En bonus, l’auteur de la pièce propose à l’étage une exposition qui vaut le détour : l’Herbier des villes. Il nous invite à observer comme dans un musée les objets de notre quotidien, perdus çà et là dans les rues.

Vous faut-il une raison de plus pour réserver dès maintenant?

Allez, je pense que vous ne le regretterez pas.

 lucernaire.fr

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Bilan de mon festival d’Avignon 2014 Côté IN

Et voilà, Avignon, c’est fini pour moi ! Adieu les spectacles à gogo, le soleil, les verres en terrasses, les discussions passionnées avec les festivaliers, les bises aux comédien-nes dans la rue et toute cette ambiance si chaleureuse.

J’y suis restée une semaine, et croyez-moi le retour est difficile. Voici donc un petit bilan pour prolonger le plaisir et passer le relais aux copinous en dressant une première vague de ressentis sur les pièces vues.

Pour mon 4ème festival d’Avignon, j’ai fait pour la première fois la toute première semaine du festival. Même si on sent qu’il y a moins de monde dans la rue, j’ai aimé faire l’ouverture. Choisir et découvrir les spectacles avant d’avoir eu vent du bouche à oreille avait une saveur particulière. On prend plus de risque, c’est sûr, mais on garde une surprise qui est vraiment agréable. On rentre dans chaque salle, on ne sait pas bien ce qui nous attend, et parfois on en sort avec cet enthousiasme tout neuf qui dit « ça, c’était vraiment chouette ».

C’est avec 18 spectacles dans la caboche que je suis revenue. Autre nouveauté de cette année, j’ai fait plus de IN que d’habitude. Cette année, poussée par l’envie de découvrir la direction d’Olivier Py et poussée par mes petits camarades, j’ai vu 4 spectacles du IN et je ne regrette absolument pas.

Retour sur les spectacles du IN :

Le Prince de Hombourg, Cour d’Honneur du Palais des Papes

Dans sa volonté de revenir aux sources du festival, Olivier Py a choisi d’ouvrir ce festival avec Le Prince de Hombourg, pièce qui avait été mise en scène par Jean Vilar dans cette même Cour d’Honneur en 1951. Après une première annulée par le combat des intermittents, la pièce a pu se jouer et donner ainsi le coup d’envoi d’un festival résolument politique et ardent. Sur ce texte de Heinrich von Kleist de 1810, les comédiens nous offrent du beau spectacle. S’il m’est arrivé de trouver indigestes certains textes classiques joués à la Cour d’Honneur, j’ai été captée par celui-ci. Le sort de ce prince ayant gagné une bataille en désobéissant aux ordres nous tient en haleine. Xavier Gallais se distingue, il réussit cet exploit d’être un prince de Hombourg particulier, un brin original, qui parvient à toucher les spectateurs, même perchés au dernier rang.

Le reste de la troupe est juste et investie.  La scénographie exploite de façon majestueuse le bel espace qu’offre la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Les projections vidéos, les « boules de feu » tombant du haut de la tour  nous plongent dans ce spectacle.
Malheureusement pour nous, la pluie s’est invitée au 2/3 de la représentation du dimanche 6 juillet, nous obligeant à plonger dans une autre réalité et à rentrer chez nous sous une trompe d’eau. L’enregistrement de Culturebox nous aider à consoler notre frustration, et vous permettra peut-être d’avoir un aperçu de ce Prince de Hombourg qui s’est fait attendre :

Sujets à Vif, Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph

C’est un joli moment suspendu, que ces sujets à Vif. Encore une fois, le festival sait profiter des lieux qu’offre la ville d’Avignon. Nous sommes ici dans le Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. Du lierre grimpe sur les murs, un plateau rejoint chaque facade, quelques projecteurs et voilà ce jardin transformé en une scène de théâtre. Une scène de théâtre particulière qui sera notre cocon pendant 1h.

Dans le programme B des Sujets à Vif, on assiste à deux performances d’une trentaine de minutes chacune. Deux duos différents , un homme et une femme à chaque fois, se dévoilent devant nous. Presque sans aucun mot, ils nous expliqueront l’histoire qui les a construits, le lien qui les unit, et le vide qui les sépare. On ne comprendra pas toujours tout, mais on se laissera bercer par leur corps, leur danse, leur jeu d’enfants, leur guitare qui fait crac, leur balle qui jongle, et leur yeux qui se cherchent.

Difficile d’en dire plus, tant l’écho de ces Sujets à vif doit être différent pour chaque spectateur. Jugez plutôt par vous-même. Vous tomberez peut-être comme moi en amour avec le regard puissant de Nadia Beugré (1er sujet) ou la grâce de la danseuse japonaise Chinatsu Kosakatani (2ème sujet).

Tapis Rouge

R2JE

 

Coup Fatal, Cour du Lycée Saint-Joseph

Donner à interpréter des airs d’opéra baroque par une troupe de musiciens/danseurs du Kinshasa, voilà le pari original de ce Coup Fatal.
Le résultat ? Un concert aux rythmes endiablés, aux voix d’anges, et aux sourires ravageurs. Seul regret, ces fichus sièges qui nous empêchent de bouger nos popotins.

Pour en savoir plus, retrouvez mon interview de Fabrizio Cassol et Rodriguez Vangama, directeurs musicaux de ce projet.

Coup Fatal

 

 

 

 

 

Orlando ou l’impatience, La Fabrica

Quoi de mieux pour apprivoiser l’univers d’Olivier Py, directeur de ce festival, qu’une pièce écrite et mise en scène par Olivier Py himself spécialement pour cet Avignon 2014 ?

Orlando ou l’impatience nous entraîne dans la course folle du jeune Orlando, à la recherche de son père. Sa mère, une actrice drama queen dont la folie a visiblement brouillé la vérité de son passé, le pousse dans une série de fausses pistes. Orlando, aidé par ses deux amis-amants, fonce dans chacune d’entre elles. Une, puis deux, puis trois, puis quatre…

On comprend vite la farce qui se joue devant nous. Et on finit par rire des gimmicks de ces personnages burlesques.

Mais l’humour n’est pas la seule arme de notre ami Olivier. De sa plume affûtée, l’auteur a su distiller ça et là des détails de sa vie. On le retrouvera, dit-il, dans chacun de ses personnages. Ses relations avec les hommes, ses relations avec les femmes, ses premières lignes publiées, ses doutes, ses ambitions… Olivier se livre, de la plus belle façon qu’il soit, en rendant hommage à l’art qui a fait de lui ce qu’il est : le théâtre. Mais il se fait aussi plaisir et en profite pour régler ses comptes le bougre. C’est donc sans subtilité aucune qu’il offre un rôle de guignol au « Ministre de la Culture ». Un ministre masochiste qui aime particulièrement les petits jeunes… Fallait-il y voir un lien avec Frédéric Mittérand, Ministre de la Culture ayant remercié Olivier Py de ses fonctions au Théâtre de l’Odéon? Quoi qu’il en soit, c’est avant tout une société où la rentabilité et l’égo priment sur la création qu’Olivier déplore dans cette pièce.

Les comédiens offrent l’énergie qu’il faut et même un peu plus pour nous tenir en éveil pendant près de 3h45. Mathieu Dessertine dans le rôle d’Orlando est peut-être celui qui m’a le plus déroutée, ou pas assez déroutée justement… Je l’imaginais plus charismatique, mais avec le recul je me rends compte que sa réserve, son mystère contrastaient intelligemment avec la farce ambiante du spectacle. C’est à travers lui qu’on entre dans le monde du théâtre et qu’on lit la passion de son auteur. Cette passion, pour se faire entendre, avait besoin de cette réserve au milieu de ce joyeux capharnaüm.

Je ne regrette absolument pas ce voyage jusqu’à La Fabrica.

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Orlando ou l’impatience, à découvrir du 8 au 18 avril 2015 au Théâtre de la Ville (Paris) ou en replay sur Arte Concert.

 

A bientôt pour le bilan côté OFF !

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