Bilan de mon festival d’Avignon 2014 Côté IN

Et voilà, Avignon, c’est fini pour moi ! Adieu les spectacles à gogo, le soleil, les verres en terrasses, les discussions passionnées avec les festivaliers, les bises aux comédien-nes dans la rue et toute cette ambiance si chaleureuse.

J’y suis restée une semaine, et croyez-moi le retour est difficile. Voici donc un petit bilan pour prolonger le plaisir et passer le relais aux copinous en dressant une première vague de ressentis sur les pièces vues.

Pour mon 4ème festival d’Avignon, j’ai fait pour la première fois la toute première semaine du festival. Même si on sent qu’il y a moins de monde dans la rue, j’ai aimé faire l’ouverture. Choisir et découvrir les spectacles avant d’avoir eu vent du bouche à oreille avait une saveur particulière. On prend plus de risque, c’est sûr, mais on garde une surprise qui est vraiment agréable. On rentre dans chaque salle, on ne sait pas bien ce qui nous attend, et parfois on en sort avec cet enthousiasme tout neuf qui dit « ça, c’était vraiment chouette ».

C’est avec 18 spectacles dans la caboche que je suis revenue. Autre nouveauté de cette année, j’ai fait plus de IN que d’habitude. Cette année, poussée par l’envie de découvrir la direction d’Olivier Py et poussée par mes petits camarades, j’ai vu 4 spectacles du IN et je ne regrette absolument pas.

Retour sur les spectacles du IN :

Le Prince de Hombourg, Cour d’Honneur du Palais des Papes

Dans sa volonté de revenir aux sources du festival, Olivier Py a choisi d’ouvrir ce festival avec Le Prince de Hombourg, pièce qui avait été mise en scène par Jean Vilar dans cette même Cour d’Honneur en 1951. Après une première annulée par le combat des intermittents, la pièce a pu se jouer et donner ainsi le coup d’envoi d’un festival résolument politique et ardent. Sur ce texte de Heinrich von Kleist de 1810, les comédiens nous offrent du beau spectacle. S’il m’est arrivé de trouver indigestes certains textes classiques joués à la Cour d’Honneur, j’ai été captée par celui-ci. Le sort de ce prince ayant gagné une bataille en désobéissant aux ordres nous tient en haleine. Xavier Gallais se distingue, il réussit cet exploit d’être un prince de Hombourg particulier, un brin original, qui parvient à toucher les spectateurs, même perchés au dernier rang.

Le reste de la troupe est juste et investie.  La scénographie exploite de façon majestueuse le bel espace qu’offre la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Les projections vidéos, les « boules de feu » tombant du haut de la tour  nous plongent dans ce spectacle.
Malheureusement pour nous, la pluie s’est invitée au 2/3 de la représentation du dimanche 6 juillet, nous obligeant à plonger dans une autre réalité et à rentrer chez nous sous une trompe d’eau. L’enregistrement de Culturebox nous aider à consoler notre frustration, et vous permettra peut-être d’avoir un aperçu de ce Prince de Hombourg qui s’est fait attendre :

Sujets à Vif, Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph

C’est un joli moment suspendu, que ces sujets à Vif. Encore une fois, le festival sait profiter des lieux qu’offre la ville d’Avignon. Nous sommes ici dans le Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. Du lierre grimpe sur les murs, un plateau rejoint chaque facade, quelques projecteurs et voilà ce jardin transformé en une scène de théâtre. Une scène de théâtre particulière qui sera notre cocon pendant 1h.

Dans le programme B des Sujets à Vif, on assiste à deux performances d’une trentaine de minutes chacune. Deux duos différents , un homme et une femme à chaque fois, se dévoilent devant nous. Presque sans aucun mot, ils nous expliqueront l’histoire qui les a construits, le lien qui les unit, et le vide qui les sépare. On ne comprendra pas toujours tout, mais on se laissera bercer par leur corps, leur danse, leur jeu d’enfants, leur guitare qui fait crac, leur balle qui jongle, et leur yeux qui se cherchent.

Difficile d’en dire plus, tant l’écho de ces Sujets à vif doit être différent pour chaque spectateur. Jugez plutôt par vous-même. Vous tomberez peut-être comme moi en amour avec le regard puissant de Nadia Beugré (1er sujet) ou la grâce de la danseuse japonaise Chinatsu Kosakatani (2ème sujet).

Tapis Rouge

R2JE

 

Coup Fatal, Cour du Lycée Saint-Joseph

Donner à interpréter des airs d’opéra baroque par une troupe de musiciens/danseurs du Kinshasa, voilà le pari original de ce Coup Fatal.
Le résultat ? Un concert aux rythmes endiablés, aux voix d’anges, et aux sourires ravageurs. Seul regret, ces fichus sièges qui nous empêchent de bouger nos popotins.

Pour en savoir plus, retrouvez mon interview de Fabrizio Cassol et Rodriguez Vangama, directeurs musicaux de ce projet.

Coup Fatal

 

 

 

 

 

Orlando ou l’impatience, La Fabrica

Quoi de mieux pour apprivoiser l’univers d’Olivier Py, directeur de ce festival, qu’une pièce écrite et mise en scène par Olivier Py himself spécialement pour cet Avignon 2014 ?

Orlando ou l’impatience nous entraîne dans la course folle du jeune Orlando, à la recherche de son père. Sa mère, une actrice drama queen dont la folie a visiblement brouillé la vérité de son passé, le pousse dans une série de fausses pistes. Orlando, aidé par ses deux amis-amants, fonce dans chacune d’entre elles. Une, puis deux, puis trois, puis quatre…

On comprend vite la farce qui se joue devant nous. Et on finit par rire des gimmicks de ces personnages burlesques.

Mais l’humour n’est pas la seule arme de notre ami Olivier. De sa plume affûtée, l’auteur a su distiller ça et là des détails de sa vie. On le retrouvera, dit-il, dans chacun de ses personnages. Ses relations avec les hommes, ses relations avec les femmes, ses premières lignes publiées, ses doutes, ses ambitions… Olivier se livre, de la plus belle façon qu’il soit, en rendant hommage à l’art qui a fait de lui ce qu’il est : le théâtre. Mais il se fait aussi plaisir et en profite pour régler ses comptes le bougre. C’est donc sans subtilité aucune qu’il offre un rôle de guignol au « Ministre de la Culture ». Un ministre masochiste qui aime particulièrement les petits jeunes… Fallait-il y voir un lien avec Frédéric Mittérand, Ministre de la Culture ayant remercié Olivier Py de ses fonctions au Théâtre de l’Odéon? Quoi qu’il en soit, c’est avant tout une société où la rentabilité et l’égo priment sur la création qu’Olivier déplore dans cette pièce.

Les comédiens offrent l’énergie qu’il faut et même un peu plus pour nous tenir en éveil pendant près de 3h45. Mathieu Dessertine dans le rôle d’Orlando est peut-être celui qui m’a le plus déroutée, ou pas assez déroutée justement… Je l’imaginais plus charismatique, mais avec le recul je me rends compte que sa réserve, son mystère contrastaient intelligemment avec la farce ambiante du spectacle. C’est à travers lui qu’on entre dans le monde du théâtre et qu’on lit la passion de son auteur. Cette passion, pour se faire entendre, avait besoin de cette réserve au milieu de ce joyeux capharnaüm.

Je ne regrette absolument pas ce voyage jusqu’à La Fabrica.

IMG_4123

 

 

 

 

 

 

 

Orlando ou l’impatience, à découvrir du 8 au 18 avril 2015 au Théâtre de la Ville (Paris) ou en replay sur Arte Concert.

 

A bientôt pour le bilan côté OFF !

Rejoindre la discussion

Festival d’Avignon IN : Coup Fatal (Interview)

C’est dans le cadre bucolique du jardin de l’Université d’Avignon que j’ai rencontré Fabrizio Cassol et Rodriguez Vangama. Assis sur un banc, nous avons échangé sur leur première collaboration au lendemain de la première dans ce Festival d’Avignon 2014. La journaliste en herbe que je suis était un peu intimidée mais aussi très excitée de rencontrer deux personnes à la tête d’un des spectacles dont les premiers retours étaient déjà plus que positifs (coup de cœur des Inrocks). Coup Fatal est un concert/spectacle inédit, mêlant musique baroque et musique congolaise.

Entretien avec Fabrizio Cassol et Rodriguez Vangama pour en savoir un peu plus.

Coup Fatal

Quel a été votre rôle respectif dans cette création ?

Fabrizio Cassol : Coup fatal est une situation un peu exceptionnelle. C’est une combinaison entre musique baroque et musique congolaise. En ça, il faut inventer une façon de travailler et donc définir des rôles qui parfois n’existent pas. Je m’appelle Fabrizio Cassol et je suis ce qu’on peut appeler le directeur musical du projet.

Rodriguez Vangama : Je suis directeur musical « adjoint », chef d’orchestre et guitariste.

Coup Fatal_4

Mélanger musique baroque et musique congolais, en voilà un pari fou ?

FC : C’est comme de la chimie. On met des choses ensemble et on ne sait pas bien l’effet que cela va donner… Celui de Coup Fatal est assez explosif. Les airs d’opéra sont des airs qu’on a l’impression d’avoir toujours connus. On les a entendu quelque part même si on ne sait parfois plus très bien qui les a composés. La musique congolaise est un peu moins bien connue (parce qu’on connaît plus la musique malienne de l’Afrique de l’ouest). C’est une musique extrêmement dansante. L’alliance des deux propulse une énergie hallucinante. C’est une bombe sur scène ! Il y a 14 musiciens sur scène qui sont musiciens ET danseurs, ce qui n’est pas très courant. Ce n’est pas la première fois que je travaille avec Alain Platel qui a mis en scène ce spectacle, mais d’habitude il y a des danseurs et des musiciens. Tandis qu’ici les danseurs sont musiciens et les musiciens sont danseurs. Et ils jouent aussi bien qu’ils dansent.

Coup Fatal_3

On parle aussi d’humour dans ce spectacle/concert, comment intervient-il ?

FC : On rit quand on est dans une forme de décontraction, de lâcher prise. C’est ce qu’apporte cette troupe. On dit qu’au Congo on ne dort jamais. Il y a toujours de la musique, il a toujours la fête. C’est un pays où la situation n’est pas facile et les gens trouvent dans la musique une façon de passer à travers cette réalité. En Europe, les gens se plaignent pour pas grand chose. Et là-bas, pour énormément les gens ne se plaignent pas et gardent le sourire. Une anecdote sur le spectacle : les rideaux qui entourent la scène sont faits par des douilles qui ont vraiment servi… Et même dans un contexte grave comme celui-ci, il y a une fête incroyable. Le spectacle glisse d’une situation à une autre, il n’est pas que plein d’humour et de joie. Il y a des moments où on va vers une forme de gravité. Mais l’humour est généralement présent. Il y a bien-sûr ce contraste entre musique baroque et chant d’opéra qui donne un goût spécial. Il y a un contre ténor, Serge Kakudji, et deux autres chanteurs qui sont plus « congolais » dans leur façon de chanter. La combinaison des 3 voix donne quelque chose qui fait d’office sourire.

RV : Il faut voir le spectacle pour comprendre ! Au Congo, on chante et danse avec humour.

Coup Fatal_2

Rodriguez, c’est votre premier Avignon. Comment trouvez-vous cette ambiance ?

RV : C’est une ambiance très chaleureuse, avec toutes ces affiches partout. C’est assez unique, je n’ai jamais vu ça ailleurs. Je me sens à l’aise dans cette ambiance. Là où il y a de l’ambiance, je me sens bien !

Et vous Fabrizio, vous êtes plus habitué du festival ?

FC : C’est une année particulière. On retrouve bien-sûr toujours cette sympathie du festival. Notre première a été annulée pour les raisons que tout le monde connaît, et on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Mais quand on vient avec une troupe du Congo ou du Kinshasa, on observe le phénomène différemment.

Pour finir, un mot pour résumer et partager votre sentiment à quelques heures de votre représentation ?

RV : La joie.

FC : Je partage, la joie !

IMG_3961

Un grand merci à Fabrizio et Rodriguez de m’avoir accordé cette interview. J’ai vu le spectacle le lendemain de cette rencontre, et à mon tour je peux résumer ce que j’ai vu en un mot : la joie ! C’est un spectacle bourré de joie de vivre, de testostérone (quatorze hommes sur scène !) et de musique, évidemment. On écoute, on sourit, on a envie de se trémousser sur sa chaise et puis on assiste aussi à des instants de grâce, menés par la voix de Serge Kakudji.

L’aventure avignonnaise est finie pour eux, mais ne les manquez surtout pas en tournée (et en décembre à Paris, j’y retournerai !) :

6 au 15 novembre KVS de Bruxelles
25-26 novembre 2014 à la Comédie de Valence
2-3 décembre 2014 au Théâtre Sortie Ouest de Béziers
12-13 décembre 2014 à l’Opéra de Lille
5-6 décembre 2014 à Châteauvallon
9-10 décembre 2014 à Orléans

1-4 décembre 2015 au Théâtre National de Chaillot

Rejoindre la discussion

En route pour le Festival d’Avignon !

Sans titre

Avignon, J-4 !

On s’en souviendra, de cette année 2014…

Olivier Py aura fait un démarrage en tant que directeur du IN en fanfare. Après les municipales et sa menace de quitter Avignon si le FN passait, c’est aujourd’hui les intermittents qui entrent en guerre. Rejetant fermement l’accord du 22 mars 2014 qui concerne leur régime, ils manifestent depuis des mois et de nombreux festivals ou spectacles ont déjà été annulés.
La grève se tient au-dessus du IN d’Avignon comme une épée de Damoclès.
Nous, spectateurs qui savons que sans intermittents pas de culture, ne pouvons que soutenir ce combat. Alors on attend, et on espère.
Il paraît que les réservations n’en pâtissent pas trop, tant mieux.

Ayant séché le festival IN depuis 3 ans, j’ai épluché cette année le programme avec un intérêt particulier. Est-ce l’image d’Olivier Py – comédien et metteur en scène ayant plusieurs fois joué au OFF – qui m’a attirée? Je pense que l’influence de la communauté des #théâtrogeeks que je suis tous les jours sur Twitter ne doit pas y être pour rien non plus !

(suite…)

Rejoindre la discussion
Haut de page